25/11/2007Echec et Mat.
Tu peux rester là des jours j’y resterais aussi. Je vais te nourrir comme une mère nourricière donne son sein et le lait de sa terre. Je vais être ton ange gardien, ton petit démon insupportable, je ne céderais pas jamais à la furia de ton caractère. Et si tu crèves là derrière cette porte alors je crèverais là devant cette porte. Devant ou derrière on s’en fout nous sommes deux fous lapidaires. On retrouvera nos cadavres quand la puanteur deviendra telle que les effluves de Mort mettront la puce aux narines de nos voisins imbéciles. Pour tuer le temps en attendant que l’inverse prenne le relais je vais écrire. Des lettres et encore des lettres mais tu n’en liras aucune. Tu entendras des bribes car des fois j’écris à haute voix mais tu entendras des bribes seulement. Peut-être que tu essayeras de reconstituer le puzzle, peut-être que tu n’en as rien à foutre, peut-être que tu dors. Toujours peut-être mais c’est ça d’être encore vivant.
Il va falloir être patient dans ce jeu qui n’en est pas un mais que tu as décidé pour nous. Les vermines ruminent impatientes au fond de nos charniers intimes, subtiles charognes aux corps de ficelles, corsaires aux corps cirrhes, aux dents efficaces de rapaces, pirates de nos chairs se grisant de nos âmes anémiques. Et toi que rumines-tu assis sur ton tas de linges sales, sur ta cuvette de toilettes ? Quelles étoiles finis-tu d’éteindre, quelles rancunes cultives-tu comme on cultive de la moisissure en pot dans les laboratoires de nos consciences ? A moins que justement tu n’élabores, fin stratège, quelques plans à mon encontre, comme celui d’user mes nerfs jusqu’à ce que je craque, mais je ne craquerais pas Ô non je ne craquerais pas. Je consolide mes défenses, j’éprouve ma patience, je valide mes acquis devant cette porte comme une muraille vertigineuse. Break the Wall tu entends la musique j’imagine et tu vois les petits enfants qui tombent dans le broyeur du Grand Boucher et tu pleures car il n’y a plus que ça à faire. Nos larmes cannibales comme autant de tranchants qui découpent notre solitude duale.
Plus d’interphone, plus d’ordinateur, plus de téléphone, et sur la boîte aux lettres un petit mot : Parti en vacances sur un coup de tête, en amoureux, sans ordinateur, sans téléphone et sans interphone : Une petite note d’humour pour crédibilité usuelle, personne ne viendra nous emmerder car j’ai aussi changé le message du répondeur : Même message que pour la boîte aux lettres : Répétitions des naufrages, répétitions des carnages et des mensonges personne ne viendra te sortir de là, il n’y a plus que toi et moi sur cette terre laborieuse, toi et moi qui pataugeons dans la fange de nos pathétismes jusqu’à les rendre lumineux.
L’hermétisme de la porte. Sas dérisoire qu’un simple coup de hache, que cinquante coups de hanche… jusqu’à la double fracture… et de l’une d’elle apparaîtrait la pâleur de ta peau, sa tristesse si douce au moindre frisson. Porte frontière mais couvre-feu au check point. En attente de nos attentats contre nous-même, en patience attendant la première détonation. Rats dans leurs caves comme si dehors une pluie de bombes nous troussaient du dedans et que mort de trouilles nous en soyons réduit à touiller les vieux fonds de plats rancis de nos démons et angoisses. Tiens, et si j’écrivais une lettre bien dégueulasse, une déclaration d’amour à un bourreau, un double de toi imaginé à travers le prisme fantasmatique de ta trique d’enfer, une lettre adressée directement au Diable que tu représenterais, pour demander une guerre et sa kyrielle de souffrances, une guerre pour nous, petits bourgeois de la paix, fils consensuels et mous de l’époque indigente toute en ombres et faux-semblants ? Que tu serais mignon en Diable ! En SS ! En ordure amorale au cœur éteint, étreint d’un désir de sang et de douleur !...
Mais il ne faut pas que je débloque, pas encore, pas complètement, pas maintenant…
(Un instant de silence)
En ce moment des bactéries effectuent un joyeux sabbat dans nos corps engourdis mais nous ne sentons rien, immergé dans nos flots de pensées à peine l’on se gratte en surface. Des petites démangeaisons de rien du tout quant sous le derme et l’épiderme une smala effrénée de saloperies nous grignote à grandes flammes en se régalant du drame. Tu te rappelles nos gales et nos urticaires, nos morpions et nos herpès, nos véroles contemporaines, mycoses et autres thuriféraires de notre corps offert ? Nous chantions gloire et nous grattions jusqu’au sang pour un hommage à leur acharnement et à l’amour qu’ils portaient à nos peaux ravagées. Pour le meilleur et pour le pire ! On se peinturlurait de pommades, engouffrions antihistaminiques que nous noyions dans des cocktails incohérents et détonnant d’alcools magiques comme l’absinthe ou le calva maison que ton vieil oncle cirrhosé jusqu’au trognon fabriquait illégalement à Saint Pierre de Bailleul. Nous profitions de nos corps souffrant pour mieux profiter de nos corps délivrés, conscient que souffrir c’est être vivant et que de ne plus souffrir c’est l’être deux fois plus. Ce ne sont pas seulement nos corps que nous délivrions, mais nos sourires, nos pensées qui vengeresses batifolaient avec vigueur dans l’espace sidéral de nos voluptés, et comme alors nous faisions ripaille !
Maintenant que nous ne souffrons plus physiquement nous nous débattons aveuglément derrière une porte absurde, toi forclos et muet, moi bavard jusqu’à hurler sous les murmures inaudibles d’un sablier de malheur.
(Un instant de silence)
Je viens de prendre ma plus vieille plume, pour un petit clin d’œil épistolaire en pleins et déliés que je te glisserais peut-être sous la porte, peut-être, comme tes souvenirs, les miens, peut-être comme toujours.
« Sébastien ? Est-ce que tu te souviens de nos parties d’échec ? Tu me battais presque toujours mais sur le champ de bataille le combat durait des heures car à chaque coup il fallait faire correspondre une citation ou en inventer une fausse ou mal l’attribuer pour déconcentrer l’autre. Fou qui mange le Fou : « La folie est une invention de psychiatre ». Cavalier sautant la Reine : « De la zoophilie comme allégorie des chairs tristes dans le milieu animalier, des instincts primitifs de l’humain en milieu carcéral » Tu ne trouvais pas puisqu’il n’y avait rien à trouver. Pion centré, au milieu encore répétition de pions pour un barrage triangulaire, F4, D5 et C6 : « Au début de l’érotique, avant le vortex des plaisirs, dans le soupçon, il y a cette chose, cette chose désirante qui est la littérature ». Tu sens que je sens que ce n’est pas là une improvisation mais je ne trouve pas, au hasard je donne un nom mais je me trompe. L’heure des premiers aveux vient : Seule la dernière n’est pas pure invention. Alors la partie reprend. Le fou file un mauvais train et dans sa lancé diagonale stoppe aux abords d’un roi en échec qui doit reculer : « Nous ne retiendrons de la lutte des classes qu’un déplorable constat : Les cancres qui ne redoublent pas assez tôt se suicident trop tard » J’hurle mélange de Marx et de Cioran et de Toi et que ce n’est qu’un surréaliste brouhaha : Tu me flingues en mangeant ma tour et je ne peux que récupérer ton pion : « Thelonious Monk ne savait pas ce qu’il faisait, il battait son piano comme on tape sur l’Âne Divin du swing qui, faisant sa mule, avance toujours à reculons » ! J’aimais alors ton hésitation ! Quelle partie avais-je piqué à Nabe, quelle autre à Vian, quelle autre à Gerber ? Peut-être aucune à personne, alors tu avançais ton dernier cavalier en D7 pour fomenter une vulgaire fourchette mais il en fallait plus pour me décontenancer et je contrecarrais l’attaque d’un simple souffle de ma tour en E2 et c’était à toi : « Aux ombres des Requiems occidentaux répond la lumière que jettent, pareils à des anathèmes géniaux, les griots rédempteurs d’une Afrique en transe ». Soufflé je gémis Césaire ou Chamoiseau mais je ne sais, alors profitant de ma démantibulation mentale tu roques et me voilà obligé à la défense quand tu sais que je ne suis bon que dans la contre-attaque. « L’intenable lourdeur des êtres » est trop facile et d’un Kundera tu m’achèves par une reine cachée venant se coller à mon Roi : Mat, et donc à toi le mot de la fin : « On parle de me battre et j’écoute vos coups. Qui me roule Harcamone et dans vos plis me coud ? » Jean Genet bien sur. »
(Un instant de silence)
Alors pour te faire pardonner de m’avoir une fois de plus écrasé tu me demandais de m’asseoir et tu me demandais de faire silence. Pour en finir avec les citations et recouvrer l’ivresse tu me servais un verre de vin blanc doux et citais une dernière fois Bataille :
«Regarder, c'est être peintre. Souffrir, c'est être poète. De l'union de la plastique et de l'âme on peut faire naître le plus bel art vivant intégral : le théâtre.» Et tout pouvait recommencer. Mais nous n’en sommes plus là. Nous sommes sur l’effeuillage au fil des gouffres, funambules des incertitudes, truands des souvenirs nous caracolant en tête de la course aux alarmes, de savoir qui crèvera le premier, de savoir qui survivra le dernier.
Je cachette et je poste sous la porte des recommandés avec accusés de déception et cherche à pénétrer tes cachettes en me postant devant ton absence tout en me recommandant de n’être ni accusé ni procureur de nos assomptions et de nos dégringolades. J’avise et tamponne avec la cire de mon sang des missives écrites sur un coup de ce même sang. Je fais semblant d’accepter que tu me réprouves mais je réprouve tes choix et tu fais semblant de ne pas m’écouter et de ne pas accepter que pas à pas je gagne du terrain sur le tien car je sais que tu craques petit à petit, que ta volonté se désagrége sous les coups de butoirs de ma dialectique qui s’affine et s’acharne. Car si c’est de folie dont tu es demandeur tu sais que je peux en être donneur ! Alors que veux-tu Sébastien ? Un baroud d’honneur ? Des épitaphes en recueil ? La preuve sine qua non de ma Patience ? Des cartes postales ? Que j’aille chercher l’échiquier pour une nouvelle partie ? Comme tu veux ! Mais d’abord je vais écrire oui t’écrire une nouvelle lettre et tu crèveras avant moi de n’en avoir que des particules éparses, des éléments diffus et des indices confus !
(Écrivant et lisant seulement des passages)
« Cher E.
Tu… si mieux. Lui si mule quel âne ! Ton… profond et sa supercherie sont… un… con… parable ! Nous trouverons facétieux des moyens. Dés demain quant avec… il n’a maladroit… qu’un doigt… et ton énorme… qu’il va à la va-vite… entrejambe de gnome… ouvres alors qu’huître lui se referme tu… et je perle… Sang blanc et rouge tes turgescences il… geint et toi gentleman… alors qu’ahane il bêle… en billevesée tu es trognon… Ô mon âme… Qu’il meurt mou… Lui si mule quel âne ! Ton discours de trou… vers… la poésie des… sens et ton indécence sue… Havre… de paix qu’il ravale les siens de mânes je préfère… fan ! Tommes coulants le fromage de ta queue à sa vie de Came, en berne drogué de bas-fonds ! …
Fuck Baby ! »
(Un instant de silence, rien ne se passe)
…
17/08/2007DEUIL
Max Roach est mort, Max Roach est mort, Max Roach et mort et tcha bada bada.
Voilà, après Elvin Jones, Art Blackey, Tonny Williams, et tant d'autres, aujourd'hui, cette nuit, Max Roach est mort.
Foutu siècle!
" To the Max! "
Pour la peine - j'en chialerais - pour ma peine, pour celui qui me fit un jour choisir entre le piano et la batterie, écouter mon premier double album de lui :
Max Roach and Dizzy Gillespie en duo, Paris 1989.
15/08/2007Anacrouse (1) Venir saoul et se souvenir, se perdre.
J’arrive en dérive. Je suis encore sur le quai de la gare mais sur le départ. Je laisse le peuple-voyageur former la narse, les nurses accompagner les gniards, la nasse des mollusques accrochés à leurs bagages suivre le cursus, se précipiter les uns dans les bras des autres et les autres dans les bras de personnes. Moi il n’y a qu’un demi milliards de souvenirs qui m’attendent. Les chairs s’éparpillent et je sais que lorsque le flux et reflux aura cessé je serais planté là face à face avec rien.
J’ai déjà posé pendant vingt ans mes pas dans les pas que je vais faire quand j’aurai décidé de me déraciner du quai… Des brumes mais ni Gabin ni Morgan, juste du vent en tire-bouchon dans les courants d’air, du temps et des ères passées à fouler le désert des nuits provençales de cette ville. Combien d’errances contre combien de déambulations ? De vents d’est en quart de lune, de beuveries nocturnes en vomissures matinales, combien de fois ai-je voulu mourir ici pour ressusciter ailleurs ? Et voilà qu’il faut revenir sur les lieux du crime, sur les lieux où on a grimpé au sommet de toutes les cimes que la jeunesse a brûlé pour ne laisser qu’une forêt à l’état de jachère.
Enfin plus personne. C’était le dernier train. Un vieux contrôleur, barbe rongée par les mites sur une figure couperosée, me somme de me déraciner, me sortant de ma torpeur végétative, du magma dans lequel je m’empêtre et que vous lisez en ce moment. Docile autant que fatigué je m’exécute et me retrouve sur le parvis de Notre-dame de la Désespérance, lieu-dit Aix-en-Provence, une grosse centaine de milliers d’âmes et autant d’ânes bâtés, d’ânesse en fesses, de bourgeois en laisse et d’étudiant en liesse.
Penser à Sébastien en marchant le long des sourcils de la rue, qui mène à l’œil cyclopéen de la rotonde, à la fontaine aux quatre lions qui mènent au Cours Mirabeau, suivre les ramifications qui emmènent place Ramus et par ce cycle répété errer, errer dans les ruelles jusqu’à n’être plus qu’une toupie en mouvements qui ne se ramène qu’à elle-même. Je refuse de regarder le visage des gens car j’ai peur de la laideur, tête en bas je me perds en cercles déviants en ne voyant que des pieds, de chaises et de tables, de lampadaires unijambistes ; j’avance en cercle en suivant à la trace les merdes des chiens et la pisse de chat, qui valent bien celles des humains et des rats dont nous sommes, selles avant et selles après, celles des bons dieux et de leurs saintes bouffonnes. Je fonctionne à l’instinct comme enfant j’ai toujours fait pour éviter boulevards et avenues, pour rester sur la ceinture périphérique, pour n’être toujours qu’à l’ombre des pierres et à l’abri des voitures.
Je sais l’hôtel que je veux mais je veux que ça soit lui qui me trouve. C’est une partie de cache-cache entre ma planque et moi, entre ce vieil hôtel à la réputation douteuse et le vieux débris que je suis devenu alors que le temps, ce poison qui est l’haleine chargée de Dieu, me bouffait comme un simple met, ne me laissant plus que cette fantomatique apparence de dandy usé avant l’âge, jusqu’à la moelle, alors que le temps, qui est le miroir de la mort, me montrait mon reflet dans du verre brisé. Je refuse de regarder les gens car j’ai peur de la beauté. Je me laisse flotter dans le dédale en ne voyant que les souches des platanes et les rigoles, les bouches d’égouts sous lesquelles sont charrié ce que nous sommes tous, sont charriées la futilité de notre existence et la réalité de notre chair, le fondoc de notre viande, de notre corps qui n’est que tripes et que le temps étripe, que notre corps qui ne finira jamais Poussières car les vents auront tournoyé avant, auront tournoyé et festoyé des restes de ce qui est notre fierté imbécile, ce corps voué à l’échec, à l’abandon, simple ramassis d’organes imparti à payer un jour sa dette de naissance au Grand préteur sur gages qui ne connaît pas le mont-de-piété. Dieu n’est qu’un Usurier en commerce avec Satan, un mafieux en affaire avec un autre, plus habile et plus Malin. Dieu Un, second couteau qui un jour a voulu péter plus haut que sont Divin séant, et à nous les coups de pieds au cul et les pelles pour creuser nos tombes, refermer le trou et graver nos épitaphes.
Redescendre. Quartier Mazarin. Je refroidis, m’éloigne. Je chantonne Quartier Latin de Léo Ferrée mais ici pas de rue Soufflot, je ne suis pas à Paris mais à Aix, rue Peyssonel, ruelle plutôt où mes parents on eu leur premier studio, en Provence, avant que ma mère ne retourne engueuler Sartre et que mon père, bouc au menton, lunettes rondes et haut-de-forme, n’aille taper le bœuf au septième ciel avec Mingus et Max Roach. Les cendres avec les cendres et les urnes seront bien gardées! Dire que je suis de cette « génération » Mitterrand ! 68 n’était que l’embryon d’une révolution avortée d’avance. Une petite récréation entre deux cours de destruction. Nous sommes un peu la génération sacrifiée d’idéalistes qui ne sont pas morts pour leurs idées, même de mort lente, et qui nous laisse nous démerder avec leur gâchis, qui ont tiré la chasse alors qu’ils n’avaient pas fini de se vider de leur tripe pour faire de ce pays un pays en Vie. Nous sommes la somme des échecs, nous sommes dans le cercueil de nos parents et nous refermeront le couvercle sur ceux de nos enfants, marmaille maudite qui enterrera les cercueils des siens, et cætera avancera la ponte, alors que ce qu’il faut c’est écouter Thelonious Monk et Lady Day et baiser, danser et baiser et surtout ne plus jamais procréer.
Si je les laissais faire, mes jambes, menées par le bout de ma queue, me mènerait directement au Parc mais je résiste, d’abord aller allumer un cierge devant l’autel, devant mon reflet dans la Psyché de l’hôtel des trois P, pour Plaisir, Prostitution et Poésie, devant l’hôtel des trois piquets où les brebis galeuses que nous sommes viennent s’attacher pour servir d’Appâts au Vice, pour sourire à sa Majesté le Vice, Roi de ce Monde, Muse couillue et immaculée des « Dingues et des paumés », des enfants du Paradis qui n’ont pas oublié de prendre la déviation qui menait au Purgatoire et enfin à l’Enfer, au « Jardin des délices » où on torture les papes en leur montrant les deux plus beaux garçons des cinq continents en train de baiser, de baiser et de jouir, de jouir encore siècle après siècle et millénaire après millénaire. Le plaisir jeté à la face des grenouilles de bénitiers et des crapauds du Vatican, à la face des Imams tarés, pendant que Sade à confesse jamais ne s’affaisse, bandant dur encore deux mille ans. Voilà l’Enfer, le Notre ! Celui qu’on leur réserve, notre Eden Ils n’ont pas su regarder dans les bons miroirs, n’ont pas vu où était le Bien, dans les anfractuosités du Mâle. Ils ont pris l’Enfer pour le Paradis et maintenant il patauge dans le stupre et la fornication de notre Imaginaire. Voilà l’Enfer ! Et voilà l’hôtel des trois P, ce Paradis sur terre…
Le portail rouge annonce la couleur. Ici le sang coule en torrent dans les veines et le sperme bouillonne en fontaine et personne ne peut dire Fontaine, jamais je ne boirais de ton sperme. Un ridicule petit drapeau gay aux couleurs passées flotte au-dessus de l’interphone, planté dans la bouche d’un jeune homme qu’un autre jeune homme discrètement encule dans une acrobatique posture. Le portail ouvre sur un jardin à la fois chaotique et ordonné, tout et rien, agencé en fouillis et en bosquets, en essences rares et herbes sauvages, en broussaille vulgaire et en recoins humides Pas de luxe mais de la volupté, pas de tape-à-l’œil mais un calme comme un bras d’honneur à la ville…. .. ..
06/08/2007Pour bien commencer la journée.
Le progrès : Trop robot pour être vrai.
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Hélas, quand le Diable boite, Dieu est cul-de-jatte.
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Si vous cherchez la petite bête, vous finirez bien par trouver Dieu.
Sainte Coccinelle.
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L’homme sans amour, c’est comme une lanterne sans lumière, un bordel sans lanternes, un port sans quartier réservé, sans musique ni chansons. Et un port sans quartier réservé, c’est con comme un porte-avion.
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Des systèmes à tics :
Ce système m’étrique, l’autre système me traque, le troisième me troque et le dernier me truque.
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On a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller.
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Et Joseph et Marie confièrent leur enfant à l’assistance biblique.
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Et l’imbécile de la ville tourne toujours en dérision l’idiot du village.
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Il y a des gens qui s’amusent d’un rien, faites comme eux, amusez-vous de Dieu.
Merdezuth.
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… Mais il y a des épines sans roses.
J.C.
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La théologie c’est simple comme Dieu et Dieu font trois.
Extraits de " Graffiti " de Jacques Prévert.
01/08/2007Hôpital Stell / Cioran
Quelle nuit pleine de rêves ! Tous plus agréable les uns que les autres, surtout le dernier, seul dont je me souvienne en partie. Nous étions trois ou quatre dans la cave de l’école de batterie de Nadia et Gilles Touché, mais c’était mon père qui derrière la Gretsch rouge menait la danse, et nous jouions Blues March. Il me reprenait à cause de mes roulés et de mon retard sur le passage entre le thème à la caisse/claire et la suite du morceau en lui-même - tchabada classique aux cymbales - mais avec beaucoup de complicité et de connivences, sans aucune agressivité.
Réveillé par le petit-déjeuner ! Servi au lit donc pas de plainte. A peine ingurgité je descendais prendre mon deuxième café, mais surtout fumer ma cigarette, et là tout s’est éclairci dans ma tête sur les changements à opérer dans ma vie dés que je sortirais de l’hôpital, c'est-à-dire mardi normalement. Le résumé en est simple : Faire tout ce que je ne fais plus depuis des années alors que je suis à Paris ! Depuis combien d’année ne suis-je pas aller au musée d’Orsay ?! Et le Louvre, la dernière fois c’était avec Damien et ce petit monstre de Loïc (ou Sébastien ?), cela doit bien faire 3 ans ! Rodin – Et les danseuses de Camille ! - ? Avec ma mère ! Presque 10 ans, idem pour le musée Dali ! Et le musée du Quai Branly, auquel je dois me rendre depuis l’ouverture, et Beaubourg ?! Et le cinéma : Prendre ma carte dés la semaine prochaine ! Acheter l’officiel des spectacles pour les expos, parler à Danielle des pièces de théâtre ou des concerts de jazz (ça sera le plus difficile à cause de l’alcool qui toujours y a été lié) ! Me promener ailleurs, changer mes habitudes de balades, m’arrêter au hasard dans un café, livre et calepin, sans commander un demi bien sûr. Finalement, casser, briser, détruire, anéantir toutes ces petites habitudes dans lesquelles je m’empêtre depuis tant et tant de temps !
Chassé/Croisée.
- « Déchéance – un mot qui a toujours fait sur moi un effet magique, - un enthousiasme pour la déchéance. »
S’il y a bien un domaine dans lequel j’ai été assidu c’est la déchéance, et parfois avec beaucoup d’enthousiasme, comme je le dis souvent, en riant du rire des damnés ! Aller ! Depuis bien dix ans, avec une régularité d’horloger, une minutie de joaillier. Toujours plus bas, chatouiller les tréfonds, titiller les enfers, me poiler avec le Purgatoire et me pinter avec le Malin. Tout perdre et tout foutre en l’air, ma devise. Même les meilleurs moments, trouver comment gâcher, comment gâter la chose, d’Aix-en-Provence au Cambodge, du Lubéron à Paris. Ô certes mille et mille bons moments, mais me foutre des bâtons dans les roues pour que ça ne soit pas parfait, qu’il reste des épines dans les pieds, des échardes maousses dans les souvenirs. L’instant présent mon cul, la plupart du temps je ne m’en souvenais plus le lendemain. On ne peut imaginer la frustration qu’engendre la perte de mémoire d’un instant dont on sait qu’il fût magique ! « Alors c’était comment hier ? » Nada, bernique, le trou noir, le cul dans la bassine du néant qui trampouille, même pas une bulle, un relent, un pet d’images qui ressurgirait ! Alcool et drogues, garçons, toujours dans l’excès. Larmes et vomis même si à mon grand Dam je ne vomis plus depuis longtemps. Trop résistant. Solide comme un roc. Incroyable capacité de régénération alors remettre le couvert puisque tout va bien Madame la Marquise. Voyage jusqu’au bout du pathétisme, se traîner dans les rues d’Aix à trois heures du matin en laissant goutter le sang le long des trottoirs comme un petit Poucet de mauvais conte, direction les urgences de l’hôpital pour se faire recoudre. Tout de même un peu de drôlerie, disserter sur Baudelaire avec le chirurgien crevé qui me rafistole sans me faire la morale, un type bien. C’était à Aix-en-Provence, quand je sifflais les bouteilles de Jameson à même le goulot en écoutant le requiem de Mozart ou Strange Fruit de Billie Holiday en chialant à chaudes larmes. Combien de litres de larmes versées ? De quoi faire monter le niveau du Nil, transformer mon cher Mékong en torrent emportant tout sur son passage, maisons sur pilotis, vaches sacrés d’avant les charrues, motos d’outre-temps et temples d’Angkor ! Si aujourd’hui je pleure moins je n’en pense pas moins, je conserve mon humidité au chaud, en moi, lâchant parfois les vannes lorsque je sens qu’ainsi va, etc. la cruche se brise. Quelle cruche je fais moi-même ! Mais on y reviendra à la déchéance, trop à dire, trop d’exemples, d’anecdotes, et le fond alors là n’en parlons pas, le fond…
- « Ceux là seul qui ne parlent que d’eux-mêmes, de leurs expériences et de leurs épreuves, risquent de tomber sur quelques vérités et de faire des découvertes significatives. Ils travaillent sur ce qu’ils connaissent ; ils apportent don nécessairement quelque chose aux autres. Ce n’est pas le philosophe, c’est le poète qui atteint à l’universel »
Ô que je ne regrette pas de n’avoir usé de mon noble séant les bancs des écoles, si ce n’est que jusqu’à la troisième et encore en étant frivole ; de n’avoir toujours lu que les ouvrages que je voulais lire et non ceux qu’on me disait de lire. Toujours en avance en poésie, toujours en retard sur la philosophie. Certes incapable d’aligner un paragraphe pompeux sur une théorie Kantienne mais pouvoir écrire des sonnets drôles ou à tirer les larmes, des textes rageurs ou des tirades ravageuses sur des contemporains de hasard. Travailler à la Sorbonne – là même où Cioran se nourrissait sur le dos de la bête des années durant – m’y conforte chaque jour un peu plus. Une amie a écrit un texte court mais parfait sur les vieilles barbes savantes trônant sur leurs perchoirs devant des moutons annotant anodins à la va-vite les déblatérations de ces croulants vaniteux. Il faut les voir errer dans la bibliothèque, du dédain plein la glotte à la moindre parole, n’ouvrant leur gueule pleine d’encyclopédies que pour se plaindre ou geindre. Ô il y a bien des exceptions ! Et pour certains étudiants suffisamment de lucidité pour qu’une fois le sacro-saint diplôme en poche ils se purgent de toute cette logorrhée, mais si peu je pense ! Surtout en lettres et en philosophie, en tout ce qui demande à l’esprit de se forger par lui-même ! Contemplation, ivresse, observation, libre-arbitre des livres choisis et grand usage de bites, de chattes, de stupres, de verges et de cierges volés entre deux incantations moqueuses aux diables des véroles valent à mes yeux rougis de fatigue des années de forçat à disséquer Spinoza dans le texte ! Et que dire des exégètes ! Ils me font penser aux bigots fidèles ne baisant qu’une femme toute leur vie d’ennui ! Fureter, papillonner dans les librairies poussiéreuses, aux devantures à ciel ouvert des bouquinistes (du moins de ceux qui ont encore plus de livres d’occasions que de Tour Eiffel miniatures) et d’un livre l’autre construire la charpente de son intellect, vierge de toutes les pollutions scolastiques et dogmatiques actuellement en service dans les universités, pour ne pas dire en sévices infligés à ces benêts d’étudiants aveugles. (Je vais encore me faire des amis…) - à suivre –
19 heures 22
Le pire moment de la journée commence, le début de soirée.
Thomas est passé. Puis parti. Depuis je retiens mes larmes et relate les gâchis, Valium 10mg et fin de l’alarme.
***
Vu le film « Peindre ou faire l’amour »
Je ne sais pas pourquoi mais immense vague de tristesse. Tout me revient toutes les ruptures. Du canard à l’orange à la pâleur des murs, à la pâleur des morts. Marcher dans la nuit en territoire connu sans ne jamais buter. La maison d’enfance jamais vraiment quittée. Mélange de haine et de nostalgie. Musique pour danser et musique pour pleurer, tourner à l’endroit et marcher à l’envers, contre tout et contre tous rendre les armes, se briser les os du crâne contre tous les boucliers que l’on a cru un jour efficace, dont on pensait qu’ils arrêtaient les coups quant ils ne faisaient que les amplifier, faisant vibrer des pieds à la tête mille coups de marteau, quant ils ne faisaient que conserver tout en vice tous les échos du passé. Non retour de boomerang mais retour de bouclier. Mieux aurait valu avaler les épées et baiser avec les serpents : Fakir de pacotille ! Mes souvenirs ne sont que la flottille à l’abandon de mes batailles perdues. Bataille anale, me voilà les regrets bien au fond de l’œillet.
Nota Bene : Il paya recta le plaisir recto verso du Divin gode qui s’enfonçait dans son rectum en ricanant d’un jet de foutre qui valait bien un jet de foudre dans un gémissement de tonnerre
***
- « On imagine pas un animal idiot »
Je me souviens avoir pris plus d’attention à éviter d’écraser un escargot lors d’un petit matin ensoleillé après une nuit de pluie sur le chemin me menant au RER, que de pieds d’imbéciles ou de robots dans ce même RER qui me menait au travail. (P.S. se retrouvera dans « Je Me Souviens)
- « Le rêve, en abolissant le temps, abolit la mort. Les défunts viennent nous parler. Cette nuit j’ai revu mon père. Il était tel que je l’ai toujours connu. Nous nous sommes embrassés à la roumaine, mais avec la froideur que je lui ai toujours connue. C’est par ce baiser glacial, pudique, que j’ai su que c’était enfin lui.
Il n’y a de résurrection qu’en rêve. De quoi désespérer tous les croyants. »
Je lis ce passage alors même que cette nuit !... Voir par quoi je commence cette sorte de journal à ce jour…
Hôpital Stell
Je reprends mes Chassé/Croisés.
- « Aucune espèce d’originalité littéraire n’est encore possible tant qu’on respecte la syntaxe. Il faut broyer la phrase si on veut en tirer quelque chose. »
Cioran sur l’écriture. Sans le savoir, dans plusieurs de ses pensées, aphorismes, jets, Cioran fait une apologie non de Céline, mais de son écriture. (Oui, oui et oui encore, Céline aura été le plus grand écrivain français du 20ème siècle.)
- « Il arrive un moment où on ne peut plus se sacrifier à l’inessentiel, et où justement écrire se ramène à une corvée, voire à une épreuve »
Je me rends compte que pour moi c’est une journée sans écrire qui est une épreuve. Une semaine ? Que de temps perdu ! Un mois ? Ça m’est arrivé, et à part dans l’excès de l’orgie sexuelle et dans la prise de conscience de la vacuité de mon existence, rien ne me parût aussi noir, déprimant, me plongeant dans les pires méandres. Je remarque d’ailleurs que c’est souvent à la juste limite du point de non-retour que je m’y remets, la plupart du temps en pratiquant un exercice sur la non-écriture. C’est évidemment mauvais, et très rapidement déchiré ou effacé, mais c’est comme si un mécanisme se remettait doucement en place, comme si la machine se relançait. Pousser une voiture en rade dans le vide, au début elle roule, mais elle roule malgré elle jusqu’à ce que son moteur se remette en marche et qu’elle reparte, prête à affronter cols et montés, côtes et inclinaisons ascendantes. On maîtrise la syntaxe comme l’embrayage, (un mauvais écrivain serait un écrivain utilisant la boîte automatique de son inspiration – je dis bien inspiration automatique, et non écriture automatique – qui n’aurait pas lui-même le plaisir de passer les vitesse, de faire vrombir ou au contraire d’avancer en sous régime) et le style comme un frein. Céline passait son temps à freiner son écriture, à la ralentir, donnant paradoxalement une impression de vitesse incroyable, car en décalage permanent, il ne roulait pas à cent trente kilomètres heures sur l’autoroute lisse du roman fleuve contemporain, il sinuait sur une route de campagne tortueuse en raturant le paysage (voir ses manuscrits) … Mon Dieu – qui n’existait pas - ! Si on m’avait dit un jour que je comparerais un style littéraire à l’art de conduire un absurde tas de mécanique !
***
(Ne pas pouvoir fumer en écrivant ! Aller et venir de cette chambre sans autre âme que la mienne au parking, longeant ce couloir silencieux où rôde la Mort et la douleur, prendre cet ascenseur à l’immense miroir, passer par cette salle d’attente ou personne n’attend personne, voir s’ouvrir les portes automatiques, et dans le ronron lointain du défilé des bolides allumer la Camel tant attendu par les connexions tordues de mon cerveau imbécile)
Ecrire haché est au menu de cette cure !
***
- « Que faites-vous ? Je m’attends. »
Je rumine comme une vache dans son champ, mais ce champ est la désolation de mon âme. Je ne peux que rêver qu’il soit seulement à l’état de jachère.
Hôpital Stell
Hôpital Stell (27 / 07 / 07)
Chassé / Croisé
Chambre individuelle. Bonheur de savoir qu’aux cas où mes selles, en s’échappant, laisserait aussi s’échapper d’incongrus borborygmes, je serais seul à en être le témoin privilégié. Trêve de plaisanterie, c’est tout ce que je voulais ! Et de surcroît sur un parc superbe. Danielle vient de m’offrir un objet, que dis-je, le Graal que j’attendais depuis si longtemps : Cahiers (1957-1972) de Cioran. Plutôt, l’exercice d’écrire m’étant difficile pour l’instant, je préfère noter ici quelques premières perles, (comme c’est effrayant, semblant tellement me correspondre) et lancer ce à quoi elles me font penser, les lier, les laisser délier ma langue.
- « Atteindre la limite inférieure, l’extrémité de l’humiliation, s’y engouffrer, s’y laisser choir systématiquement, par une sorte d’obstination inconsciente et morbide ! Devenir une chiffe, une roulure, sombrer dans la boue ; et puis sous le poids de la terreur et de la honte, éclater et se ressaisir, en ramassant ses propres débris. »
Pourtant j’ai été l’incarnation du bonheur, ce qu’on pourrait appeler La joie Pure. Face au jardin éclatant d’une incroyable variation de verts (comme on pourrait dire « d’éclaboussures de vers ») qui explosent derrière ma fenêtre, devant moi, j’ai l’illumination, relent de Valium aidant, de me voir gambader à l’état d’innocence, d’être, in vitro, dans un tube où se concentrait La Vie et duquel le bouchon ne pourrait jamais sauter. Tout est alors gâté par l’utilisation du mot bouchon que je lie à tire, à tire-bouchon : et il bu jusqu’à la lie…
- « Je ne suis pas ‘ici ; condition d’exilé en soi ; je ne suis nulle par chez moi – Inappartenance absolue à quoi que ce soit. Le paradis perdu – Mon obsession de chaque instance. »
Je reprendrais un jour ce texte sur le Vallon, ma demeure d’enfance, ce Paradis perdu, transformé par un sale tour de la mémoire en l’enfer qui ronge mon quotidien. Je ne me souviens pas avoir bu à l’excès dans cette maison.
- « Son manque de talent frisait le génie. »
Je pourrais si souvent m’approprier cette phrase…
- « Je dois me fabriquer un sourire, m’en armer, me mettre sous sa protection, avoir quoi interposer entre le monde et moi, camoufler mes blessures, faire enfin l’apprentissage du masque. »
Ce que je dois faire tous les jours au travail. Faux-semblant perpétuel. Trahison de sa nature. Mensonge du faciès de circonstance. Rictus rituel d’un hypocrite de couloir, de bureau, de salle de pause où prendre la pause, faire mentir ses traits, les déformer dans un incommensurable effort de sociabilité, au point de passer, dixit, pour un garçon aimable, serviable, gentil, attentionné, et que sais-je encore alors même que des baffes me fourmillent dans la paume des mains, des coups dans la paume des pieds, alors même que je sens mes canines pousser et que je voudrais à certains leurs arracher la tête. Où plus simplement et plus souvent, avoir le droit d’être indifférent, un fantôme dans cette fourmilière idiote.
- « 25 juin 1958. 16 heures. Sensation d’un bonheur inouï. D’où peut-elle provenir ? Que tout cela est mystérieux et insensé ! Il n’y a rien de plus énigmatique que la joie. »
La joie en ce moment c’est l’heure du repas, c’est l’accord tacite de l’infirmière en chef de me laisser sortir après 21 heures 30 fumer alors que c’est interdit, c’est de lire Cioran et non pas d’y répondre, mais d’essayer de m’en servir comme d’un reflet déformé dans lequel je vois ce que je deviens depuis quelques jours ou ce que je suis depuis quelques années , à la fois libéré de l’alcool et prisonnier de cette chambre d’hôpital froide et impersonnelle malgré la vue. Joie de cette minuscule douleur qui s’en va une fois la piqûre intramusculaire dans les fesses m’injectant de la vitamine P1 effectuée. C’est l’attente des visites et la sonnerie du texto annonçant quelques mots bien tournés ayant pour vocation de me faire tenir ou de me faire sourire. C’est le même sourire du charmant jeune homme chez qui je vais chercher mon café. Combien en bois-je pour le seul plaisir de le voir me le servir. Je me demande si nous aurons l’occasion de batifoler avec E. à la barbe des infirmières, des internes, des aides-soignants, des agents, de la Dame-Service-Repas-Qui-Ne-Sourit-Pas. C’est ce rayon de soleil qui vient de fister un énorme nuage gris avec la vaseline Divine du Très Haut et du Très Grand. C’est de réussir à écrire un texte sur une photo de Noé sans avoir devant moi cette photo, de me dire qu’il me reste quelques parcelles efficaces de cette mémoire qui se décompose chaque jour un peu plus. Joie de me promener en chaussons dans cet hôpital, joie dans laquelle je vois comme les prémices d’une vieillesse solitaire et désastreuse, flottant tel un amas d’osselet dans l’éther naphtalineux d’un hospice qui serait aussi un mouroir : Me dire que ce n’est pas encore pour demain, n’est-ce pas grand-mère que ta famille laissa à ce sort. Joie de penser à cette dernière.
- « (…) Le café est le secret de tout. »
Je redescends boire mon cinquième de la journée, toujours le sourire du « barman » avec qui je ferai bien toute sorte de cochonneries sous la table d’un bloc opératoire durant l’accouchement raté de deux affreux jumeaux. Il faut arrêter de procréer !
- « Mes insomnies je leur dois le pire et le meilleur de moi-même. »
Les sueurs dans des draps comme des suaires. Transpirer quant on dit que la mort est froide, à moins que ce soit des cauchemars à même l’enfer. Tenir et se ternir, vouloir sans pouvoir, avancer de traviole le gouttes à gouttes dans la fiole alors que l’infirmière folle me plante l’aiguille dans l’œil. Souvent cette image de l’œil crevé, cavé, en orbite autour de mon orbite. Au réveil je suis dans une chambre à deux lits, les murs blancs, froids, transparents au travers desquels je voix ce déchet humain traversé de tuyaux, gémissant à l’agonie, suppliant peut-être pour qu’on en finisse. Me levant pour aller chercher un second café, je croise un monstre bossus, avançant en gémissant à l’unisson de son déambulateur grinçant, à deux à l’heure, limace car plus de maison, à peine le plafond aux froids néons accompagnant son désolant néant. Images de nuits, d'insomnies, pour ce qui est des pires...
24/07/2007Bord de Seine...
La voix brisée, la voix cassée, j’aime je crois les derniers relents de cette sorte de tristesse… Cette voix caverneuse qui fait semblant de chanter comme on chiale. Gale de l’âme qui gratte jusqu’aux os, suaire de chair de merde, comment faire pour pouvoir ne pas pleurer chaque nuit, et chaque autre nuit encore? Rossé d’idées noires par le petit matin, pourquoi se lever ? Chemins mesquins sans mescal, se laisser aller à errer en dessinant l’absurde arabesque d’une destinée sans queue ni tête, sans comment ni pourquoi, sans début et sans fin, toujours par monts et par vau loin des bêlements du vain troupeau qui s’agite.
Heureusement il y a cette
Foutue Seine qui reflète nos impatiences et nos infirmités, qui laisse danser les ombres de nos fêtes et de nos transes, qui se fait l’écho d’un crescendo de mots…
Heureusement des caresses restent en suspend sans que personne ne puisse savoir pourquoi.
La Seine comme un petit fleuve homicide, astéroïde plein de ponts au bord duquel on écrit nos partitions et notre suicide, dans le reflet duquel on voit flotter nos perditions...
Barboter dans la fontaine aux innocents en ne se sentant plus coupable de rien.
S’endormir dans les métros et les RER pour mieux laisser se reposer nos vieux démons attachants, nos vieilles peurs sans cesses répétées, l’angoisse indéfinie de devoir reprendre ce qu’ils appellent le cours naturel de la vie, en fait fleuve laborieux charriant des flots de concessions innommables, des étrons de politiquement correct, des faux-semblants au milieu des vagues violentes de la peur de Soi.
Se réveiller à l’heure où le soleil se couche et où les imbéciles enfilent leurs pyjamas.
La voix fêlée, la voix démise et les pensées qui font du pied et de l’entremise au pantin qui se reflète dans la Seine, soi-même et la langue qui claque pour tenter de donner du sens à tout ce qui n’en a aucun.
Il faut pleurer comme on crie.
Pleurer pour alimenter un peu plus encore le débit de l’orage dément du n’importe-quoi qui s’abat trop souvent sur nos gueules, sur nos os d’âme à ronger, sur notre vacuité à être.
Seine sublime où on met en scène la Cène sans apôtres de nos crucifixions. Treize convives partageant le pain du Rêve.
Il faut chaque fois pleurer comme si c’était la dernière fois qu’on avait cette chance.
Il faut que la foudre embrasse la lune trop pleine de nos ennuis, embrasse à pleine langue la musique de nos nuits.
Ecrire des mélodies de bord de Seine au rythme effréné du tango de nos fantômes, du blues de nos ancêtres, du swing de nos cadavres, de la java de nos amours à la valse de nos amis écrire des chansons pour que dansent les souvenirs sur la piste de la mémoire.
Je me souviens de l’ivresse de mes échecs.
Je me souviens que je n’ai plus de palais, que je n’ai plus de goût, que je ne suis plus fait que d’amour et de dégoût.
Je me souviens que je n’ai toujours fait que trop aimer et trop à la fois.
Je me souviens de Yesterdays par Billie Holliday le 20 avril 1939.
Je me souviens de l’écho d’une claque dans mon Ego.
Je me souviens d’avoir souvent été aimé par des gens que je ne pouvais pas aimer en retour autant qu’ils l’auraient désiré.
Je me souviens d’avoir pleurer hier devant quelqu’un, ce qui ne m’arrive presque jamais. Je dois vraiment être au bout.
Je me souviens de la saveur de cette bière au soleil d’un cimetière plein de vie.
Je me souviens d’avoir voulu abandonner mon chat, avant de me foutre en l’air.
La Seine nous dessine, modèles agités sirotant et fumant en bavardant de tout sauf du temps.
Qui passe en se caressant les minutes, en se pelotant les secondes, en se doigtant sans heurts, en se branlant les années et les siècles, qui indifféremment se succèdent les unes après les autres.
Les bouteilles qui se vident et les pétards qui se roulent, les fesses qui s’exhibent et les touristes Babar qui sans le vouloir les voient. Les mots qui se frôlent sans vouloir trop se brusquer, les verres qui se remplissent quand les cigarettes se consument, la surprise délicieuse d’un corps qui s’affale en tendresse sur vos genoux.
Je me souviens d’avoir souvent voulu ne plus me souvenir de rien.
Je me souvient d’avoir pleurer avec un Belge en écoutant Astor Piazzola, dans une chambrée dans une caserne à Saint-Raphaël, 21ème RIMA. Je m’ouvrais les veines peu après.
Je me souviens d’une lettre très courte qui en disait plus qu’un prix Goncourt trop long.
Je me souviens que mes disques prennent la poussière, que mes bijoux de swing ternissent au même rythme que moi.
Je me souviens que cette nuit j’ai fait des rêves si improbables que j’ai décidé au réveil de les laisser à leur bon-sens.
Je me souviens de cette bouche qui saigne à grand flot pour faire taire mes abus sans ministère, mes reflux d’excès routiniers, mes vains bavardages et mes postulats délétères.
Je me souviens de la moiteur de trop de saunas, de trop de mauvaises odeurs.
Je me souviens de mon pied qui bat la mesure sur Blues March dans un train qui file à toute berzingue vers le Sud, vers Aix-en-Provence, enfin !
La Seine. Bancs et pavés, escaliers sombrant vers les rives sur lesquelles assis et saouls nous partons à la dérive.
Les ventres avides nous ne nous laissons pas nous assoiffer et nous affaisser. Les verres se remplissent pour mieux être bus, l’herbe pousse dans les champs avides de nos cervelets en déambulations.
Je me souviens de chaque hurlement, chaque jour après avoir été mort un peu plus.
Je me souviens que dans la rue une dame à qui je le demandais par hasard m’a donné la définition du mot Céphalophorie. Et le soir, d’avoir mis le nez dans le dictionnaire sans le trouver, mais, par contre, d’être tombé sur la définition de Céphalique : « adj. De la tête ; relatif à la tête. » Pensant « c’est phallique » : un nombre incommensurable de questions me sont venues à l’esprit…
Je me souviens des gants blancs de Ben Riley.
Je me souviens des lèvres de Ravi Coltrane.
Je me souviens des lunettes rondelettes d’Herbie Hancock.
Je me souviens de mon dernier verre d’alcool, d’avoir espéré que ça serait vraiment le dernier.
Je me souviens parfois au détour d’une voie sans issue que j’ai décidé un jour de passer ma vie à tourner en rond.
Equation irrésoluble et irrésolue : Je me souviens que j’ai vécu avec un garçon que j’aimais plus que mon amant quand j’aurai voulu vivre avec mon amant en aimant plus ce garçon.
Je me souviens que je viens de travailler presque cinq ans au même endroit, dans le même bureau. Faire ce constat, vomir et y retourner.
Je me souviens d’avoir lu « Métaphysique de l’amour, métaphysique de la mort » de Schopenhauer dans le métro en trouvant ça pathétiquement, et inutilement laborieux.
Je me souviens m’être dit trop souvent de ne pas faire des choses que finalement j’ai faites.
Je me souviens d’avoir pensé à une boîte à musique en écoutant Gary Burton au xylophone.
21/07/2007Scéne de Métro ( 2 )
Scène de métro ( 2 )
Emmanuel est toujours assis sur le même banc, alors que viennent s’asseoir à ses côtés une Dame et sa Fille transportant un chat dans une cage.
Emmanuel : Mademoiselle, Madame, Miaou, bonjour.
Mademoiselle : Bonjour.
Madame : Bonjour jeune homme.
Miaou : Salut bonhomme.
Moi : Je ne sais si je suis vraiment un bon homme, mais en tous cas tu es bien joli toi.
Miaou : Je te retourne le compliment, mais tu sens le chien à plein nez.
Moi : Normal, je suis un chien !
Madame (au chat) : Ne parle pas aux inconnus, et encore moins aux inconnus canins !
Mademoiselle (au chat) : Oui, écoute-nous un peu !
Miaou : Bande de vieilles mégères ! Déjà je ne supporte ni cage ni métro, et en plus vous ne voulez pas me laisser discuter un peu avec un congénère ?!
Madame : Cette race de cons ne génère que bruit, bave et déjections !
Emmanuel : Mais je vous en prie, insultez-moi à votre guise, reproductrice inconsciente, matrice insolente, sac à gniards !
Miaou : Bien lancé, bien tancé ! Sors-moi de là et allons danser !
Emmanuel (se levant) : Oui tu as raison, il faut savoir déraison garder !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Ne le touchez pas où j’appelle la police !
Emmanuel : La police animale alors ! Et moi la SPA et je vous intente un procès pour mauvais traitements ! Les dimensions de ce panier ne sont pas aux normes ! Ah Ah ! Vous voilà bouche bée Ô moutonnes, Ô friponnes !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : L’insolent !
Miaou : Mon prince charmant, mon prince charmeur !
Emmanuel (s’approchant de la cage) : Ô bouffonnes, Ô matrones ! Sois patient mon Miaou, je vais te sortir des griffes de ces serpentes, de ces vipères ! De toute façon la vioque est bonne pour le cimetière et la gamine pour la prison ! Je la vois déjà : Mariage, crédits, gamins, club Med, morte sans le savoir ! Nous nous grimperons aux arbres, nous volerons de nos propres zèles, nous irons dans les palaces en faisant des grimaces aux vieux singes de l’entrée ! Champagne à la campagne, bons vins au petit matin !
Miaou : Mon cœur chaloupe, mon âme ronronne, nous serons loin de ces deux loutres, comme chien et chat le monde tout entier nous aura à la bonne !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Police ! Police !
Emmanuel : Ta litière sera le lit des rivières d’Auvergne ! Poissons frais, thon de bon ton et tant de bon temps nous attendent !
Miaou : Plus de Pal et de boîtes, nous vivrons nus de chair fraîche et de l’eau limpide d’une vie sans entrave !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Police ! Police !
Emmanuel : Nous déroulerons la bobine du fil de la vie comme on déroule le tapis rouge à l’entrée des palais où je t’emmènerais ! Nous écouterons Charlie Mingus et si Râ sourit nous rendrons hommages à Cléopâtre et à Léo Ferré en voyageant de Stalingrad à l’Egypte Antique !
Miaou : Je grimperais au sommet des arbres te cueillir la lune pour que tu puisse lui aboyer ton amour, « je creuserais la terre » dans des charniers d’Afrique ou d’Europe de l’Est pour te trouver des os goûteux et solides !
Madame et Mademoiselle (en conciliabule puis en cœur) : Ils sont fous, mais que faire ils se mangent dans les pattes, se mordent la queue, il faut les empêcher ! Police ! Police !
Emmanuel (à Madame et Mademoiselle) : Vous ne pouvez rien faire contre la liberté !
Miaou (à Madame et Mademoiselle) : Vous êtes retorses et imbues, bombez le torse et tendez vos cul, je suis le chat botté !
Emmanuel (à Madame et Mademoiselle) : Abdiquez où je vous mords vos chevilles, enflées comme elles sont de votre conditions, quel festin ça sera !
Miaou ( à Madame et Mademoiselle) : Vous êtes faites comme des rats !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Police ! Police !
Emmanuel : Que leurs muses doivent être laides ! Et si nous les muselions ?!
Miaou : Et si nous nos amusions ?!
Emmanuel : Elles tremblent !
Miaou : Elles sont terrifiées !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Sauvez-nous ! Sauvez-nous !
Emmanuel : Miaule et elles deviennent folles !
Miaou : Aboies et les voilà aux aboies !
Emmanuel : Ô mon amour, nous filerons doux de gouttières de bon goût en niches suaves, de panières dorées en plaines embrumées par la petite rosée des petits matins ! Félins, Canins, Catins ! Sus aux Félons, aux canons et aux cons nous vivrons en paix dans les prés et nous nous courserons en rase campagne sans nous raser, sans nous brosser, hirsute loin de la ville et de ces viles putes !
Madame et Mademoiselle : Mais ils nous insultent, nous vilipendent, nous méprisent, nous traînent dans la boue ! Police ! Police !
Miaou : Plus de chaînes je te dénicherais de jolies chiennes !
Emmanuel : Plus de laisse je te trouverais des matous qui ne seront pas des matons !
Emmanuel et Miaou (en cœur) : Plus de prisons !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Ah le marlou ! Ah le Canigou !
Emmanuel : Nous irons au gré du hasard de grands hôtels en lupanars, nous croquerons la vie à la barbe des croquants, nous volerons aux étalages, nous serons sans apesanteur et volages !
Miaou : Point de morales, foin de leurs principes, nous serons bêtes et nous sèmerons des poux et des puces dans les cheveux trop bien coiffés qui recouvrent leurs sinciputs d’homo sapiens prétentieux !
Emmanuel : Ô les maquereaux ! Ô les maquerelles ! Loin d’eux je t’emmènerais à dos de mulets chasser le mulot !
Miaou : Je te trouverais d’imbéciles séants pour t’aiguiser les crocs, affiner tes canines et lisser tes griffes, derrière nous l’herbe ne repoussera que pour mieux nous laisser nous rouler dedans !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Mais que fait la police, que fait Sarkozy, où sont les CRS, les militaires, les brigades spéciales, le GIGN, où sont les pervenches, les contrôleurs, les commissaires et les troufions, où sont les bleus, les espions, la CIA et le FBI, on nous vole notre chat, on nous dépouille, mais où sont les pompiers et les hommes qui ont des couilles ?! Police ! Police !
Emmanuel : Regarde-les, elles fondent de trouille !
Miaou : Observe-les, elles se décomposent !
Emmanuel : Elles font sous-elles, dégoulinent des aisselles !
Miaou : Il y a comme une odeur !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : On se meurt ! On se meurt !
Emmanuel : Nous allons revivre dans les champs loin des épouvantails contemporains, nous contentant de la musique des orages, du silence de la lumière, de l’air frais et du souffle de Morphée quand nous dormirons à la belle étoile ! Plus de métro !
Miaou : Nous allons revivre dans des forêts pleines de mystère loin des villes calcinées par la misère, nous contentant du rythme effréné des sphères éthérés des steppes de nos imaginaires, embrassant et embrasant Bacchus et Mingus lors de danses effrénés et complices ! Plus de métro !
Madame et Mademoiselle (toutes deux couillonnes sur un banc du métro, à leur côté une cage vide et une muselière) : Quelle époque, tout se perd !
L'ivrogne!
Mal au crâne.
Je Vin, tu Pastis, il vodka, nous rhum, vous Cabernet
Enjoués ils boivent, je sirote, tu dégueules
J’absinthe, tu Morgon, il gougloute en apnée
Ecroué derrière les barreaux il gueule :
Que Dieu est à l’agonie : Qu’il bulle-morte
Asexué du champagne qui déborde,
Qu’il dépote, vieil enculé, vieux cloporte
Gémissant et geignant qu’il faut qu’on le borde.
Sainte bière mise en tombe, Misanthropes
Psychotropes. Martinis et apéritifs !
Brelan de Picon, merveilles additives !
Pintes mères au goulot, fées interlopes !
Je whiskey, tu Cognac, il Tequila : Vos griefs
Nous lacèrent l’âme : Et rouges sont nos Pifs !
Perruque moléculaire.
Des trous noirs, des big-bangs, de la structure qui s’évase et de la chevelure bi-phase. Des atomes en duel se la jouant hommes et se toisant. Protons contre neutrons, ampoules contre bougies dans la plaine embrumée. Regards de molécules, rétines scientistes qui s’affrontent alors que tout simplement le monde est monde. Rire des lieux communs ! Protocoles asexués se coursant : loupiotes que Dieu lape avec sa langue lumineuse, dépité quant se gondole la fée électricité. Boum nucléaire, bouquet déstructuré. Cher amant...
Cher amant, il se peut que vous vous souveniez de moi,
Me concernant sachez que ce n’est pas le cas :
Actuellement, jouant de mes cataractes
Assis face à la fontaine aux automates
Je lorgne à la fois discret et insolent
Les beaux garçons passants : anges, chérubins, démons !
Cherchant dans le lointain de mes souvenirs chancelants
Pourquoi celui-ci ou celui-là me rappelle votre nom :
Raphaël, Antonin, Emmanuel ou « Madame »
D’Asie, d’Afrique ou d’Inde, Dan ou Ischram
Seule une chape de flou, une brume trop vague
Flotte en ma conscience : Je m’en veux, je me blâme !
Ne suis-je donc qu’un égoïste ? Oui ! Qu’on me damne !
Car ma vie amoureuse n’est qu’une pauvre blague…
Sonnet d'un alcoolo...
Mal au crâne.
Je Vin, tu Pastis, il vodka, nous rhum, vous Cabernet
Enjoués ils boivent, je sirote, tu dégueules
J’absinthe, tu Morgon, il gougloute en apnée
Ecroué derrière les barreaux il gueule :
Que Dieu est à l’agonie : Qu’il bulle-morte
Asexué du champagne qui déborde,
Qu’il dépote, vieil enculé, vieux cloporte
Gémissant et geignant qu’il faut qu’on le borde.
Sainte bière mise en tombe, Misanthropes
Psychotropes. Martinis et apéritifs !
Brelan de Picon, merveilles additives !
Pintes mères au goulot, fées interlopes !
Je whiskey, tu Cognac, il Tequila : Vos griefs
Nous lacèrent l’âme : Et rouges sont nos Pifs !
13/07/2007
Perrec et " Je me souviens " - Tous les journaux intimes... Voilà une drôle de façon de décrire, en laissant planer un peu de mystère, à quoi ressemble sa vie au quotidien. Tout simplement en recopiant, mot à mot et mot pour mot, les textos reçus. Malheureusement, j'ai dû en effacer, mais voilà quand même quelques nouvelles " bribes de vie " ...
Textos (du 12/06 au 13/07)
T : Bon courage pour tes examens p’tit Lémurien, je t’appelle cet a-m pour des news.
T : Coucou petit ouistiti, j’espère que ça s’est bien passé. As-tu des résultats ?
J-M : Je suis devant ta porte mais je ne sais plus quelle porte lol
Ak : Je viens de prendre RER à Châtelet, je porte une chemise bleu foncée.
D1 : Ai réservé pour vendredi mais pour samedi il reste une seule dispo, donc à réserver vite, si pas sur pour Pierre.
Ak : Ah alors tu bois avec ton chat ensemble ? Avec la musique jazz ?! C’est trop cool…
Ak : Tu crois qu’on peut parler sur MSN ou toujours avec ton ami qui se réveille avec toi demain matin ?
H : Je suis en congé jusqu’au 29 juin. Merci de ne pas me contacter au boulot. Bonne journée ;-)
J-M : Tu prendras une bière au Mixer ?
J-M : Je suis à côté de l’Etoile Manquante et toi ?
M/S : B. à le portable de S. il faut qu’il revienne chez H.
D3 pour B. : Passe-moi A stp je suis vraiment désolé mais vraiment ! Mais il n’aurait pas dû me mettre une claque ! Voilà… Tu peux comprendre. Bisous à A. elle est unique.
J-M : Hello tout va bien mais fatigué, je te propose de passer ensemble chez toi cette soirée, on se repose après notre boulot, j’attends ta réponse. Bisous et à +.
R : Tchiep souah ! Khniom tchmouha R. ou khem’ra ! Ohn aott pliek bang théé !
Ak : Oui merci !! Toi aussi j’espère ?!
V : Oui super ! Belles rencontres… Pas dormi et pas trop de bourdes au boulot !
D1 : Bsr Manu, vais bien, j’avance dans traductions, bonnes nouvelles Andy, repose toi bien, bonne nuit, bises à demain au tel.
J-M : Je voudrais bien savoir vers quelle heure chez toi demain. Merci et bonne soirée. Bisous.
T : Vi, tu peux me ramener le portable et l’appareil photo j’en ai besoin.
T : Tu passe au 3ème prendre la clef.
E : Je t’absous de ce péché véniel, la Rue ne t’en veut pas puisqu’elle est tienne… Mes hommages, au passage.
J-B : Salut je viens d’atterrir. Je pense être à l’appart d’ici 30 à 45 minutes.
J-B : Ça va aller je ne suis pas trop chargé. A de suite !
H : Tu fais quoi ? Je m’emmerde grave !
X1 : Désolé j’étais sous la douche ! Tu viens ?
R : Coucou ! C’est R. ! Ok pour un verre ce soir ?
H : Bon, tu arrêtes de niquer et tu passes ?
R : Je n’ai pas entendu le tel ! Ok pour 21 heures à Châtelet ! Suis hyper timide, alors pas trop de monde avec toi ! À toute, tcham tchup knir !
R : Bonne nuit ah skhom ! Slagne eign…
R : J’ai rien pigé à ta phonétique mais je pense qu’on se reverra c’est sur ! Bisessss !
E1 : Si tu veux on pourra se voir jeudi soir par exemple, bisous…
D1 : Manu demain dernier jour pour les impôts, bises.
E1 : C’est mercredi soir car tu m’as dit que tu ne peux pas le mardi soir et donc j’ai prévu autre chose… Bisous.
V : Apparemment tu y es allé un peu fort avec M… Pfff, c’est chiant ces personnes sans humour !
T : Vi p’tit Lémurien.
Ak : London today !!! Youpiiiii :-D !
E : “ Mauvaise ” nouvelle : Je bosse pas samedi donc je te squatte vendredi! ;) S’agissant du frangin, je vais à la pêche à l’info. Bises.
H : Coucou, je peux venir cet après-midi ?
T : Bon courage petit ouistiti c’est très courageux ta décision. Suis fier de toi, je viendrais te voir. Bisous.
H : J’ai pété la lumière chez moi, oups ! C’est la cata !
D : Tu choisiras un concert de jazz ? Me manque… Merci, bises.
D4 : Ben ça va moi. Ce soir j’ai reçu des amis et donc je n’ai pas vu ton message plus tôt. Ben je termine le boulot à 17 hr 30 donc on peut se voir vers 18 hr. Je te tel demain pour connaître le lieu de RDV.
J-M : Je n’ai pas de nouvelles, j’espère que tu vas bien, bisous et bon week-end.
P : Salut ! Ça va toi ? On se voir quand alors pour boire un verre ?
Gay Pride :
J-M : Salut je me sens super mal c’est déprimant à cause de mes parents car ils déposent la demande de divorce depuis 2 jours et je viens de l’apprendre. Je ne viens pas à la gay pride.
B : Montparnasse pile tour à l’avant du Long Yang club.
D1 : Merci beaucoup je viendrai peut-être à Bastille si j’ai fini, bises à tous, bonne manif’ bonjour aux queers.
J-M : Je préfère se retrouver au bar lol je ne suis pas intéressé par la marche de la gay pride, c’est pas mon truc.
D3 pour H : Coucou c’est le tel de D tel-nous.
B : Quand on a fini on va dans le Marais rejoindre P. P.
D4 : Salut, tu as bien défilé ? Je suis à Bastille prés du lounge bar du côté de la banque de France.
D5 : Alors cette marche c’était sympa ?
D3 pour H : Je suis au Mixer et vous ?
D2 : J’y suis et je ne sais pas si je vais rester longtemps…
A : E dort et Olive est au calva et je tente de garder le cap merci pour tout et à vous pour cette merveilleuse soirée !
V : Coucou ! Pas trop d’ampoules aux pieds ?
D4 : Salut, alors comment vas-tu ? Tu as passé une bonne soirée ? J’ai vu que tu avais disparu tout d’un coup hier soir...
A : Mon œil suintant dégouline doucement. Mes membres nonchalants se séparent en rigolant.
E : Les jambes en coton, Dee Dee Bridgwater nous a régalé pendant deux heures… Journées absurdes, soirées divines. Bises.
J : Ok, j’arrive dans 15 minutes !
***
T : Hello comment vas-tu j’espère que tu vas bientôt te procurer les cd pour l’ordi avant que je le passe par la fenêtre… Bises.
J : Prends bien soin de toi. Bonne nuit. Bisous…
R : Lol ! Oht eil théé ! MDR! Je ne pourrais pas demain, mais il n’y a pas mort d’homme ! Patientons ;-) Bises !
D1 : Quand tu ne réponds pas et que je suis inquiète parce que la MGEN m’a appelé je ne sais toujours pas pourquoi…
D1 : Demain matin je vais ophtalmo prends bien soin de toi, tendresses.
Ak : Je voulais aussi passer…
V : Je les trouve passss !
E1 : Je serais guéri demain et j’aime te revoir comme prévu à 16 heure chez toi..
E : Ça y est, j’ai atteins le seuil de saturation optimal. Je me dirige sur l’hôtel de ville, just let me know où tu es !
E : Je me desperado en chemin und bin da !
E : Ivre, ma foi, complètement! Crève la dalle mais le couple parental ne m’a pas entendu jusque là, jusque demain… At mirn beaucoup… Bises, galeux !
A : Arf, mal à la tête mais bien portant, on a fêté, rêvé, dansé au Mixer jusqu’au bout…
T : Suis pas un margoulin mais un suricate je donne ça à B1 …
J-M : Coucou ça va mieux ? Moi tout va bien je pense à toi, j’ai envie de te revoir, je ne veux pas que tu sois triste quand on se voir ? Bisous.
D1 : Je voudrais la comédie italienne mardi, plutôt que l’expo ? L’expo dure jusque septembre. Bises, bonne soirée.
E : « La langue pleine de pavés, la gorge qui renâcle, une Seine, entre deux « tabernacles » trois poissons morts forniquent, en musique. » Pensées…
Ak : Comment ça va toi ? :-D
P : Salut ! Ça va ? On se voir ce soir pour boire un verre vers 21 heures ?... P.
P : Ok je t’appelle vers 21 heures.. Hôtel de ville…
Y : Salut ce soir bal des pompiers, rue du jour dans le premier, moi j’y vais, si tu veux venir tiens-moi au courant, on se capte avant ? Bises, Y.
Gay Pride
La langue pleine de pavés,
la gorge qui renâcle,
une Seine, entre deux « tabernacles »
trois poissons morts forniquent,
en musique.
Voilà ce qui arrivent quand on s'amuse à écrire à 4 heures du matin, sous méta-amphétamines, z'ivre comme un coin de table, sur les quais de Seine, Île Saint-Louis ;-)
Le Mausolée des Amants
" L'artiste ne doit-il pas avoir laissé un pied dans son enfance, et projeté l'autre dans sa tombe? "
Hervé Guibert 10/07/2007Bribes...
4 : Le Mixer
« Pinte citron »
s’il te plaît. C'est-à-dire comme d’habitude. Car autant que je vous le dise, le Mixer est un bar d’habitués. A quelques minutes prés, aux mêmes heures de la journée, au fil des années, on y croise la même faune, les corps aux bars, mâles achalandés sur les mêmes tabourets. A l’heure où sonne l’happy-hours soyez bien installé et vous les verrez tous venir, pour le meilleur comme pour le pire. C’est un peu la cour des miracles du Marais. Alcooliques et drogués, gros fumeurs et d-j, clubbers invétérés et niqueurs assoiffés se taillant pipes à l’étage pendant qu’en bas et avant l’heure un danseur danse tout seul et en nage. Les pintes s’entrecroisent et s’entrechoquent, au royaume de la bière tous s’aveuglent dans l’or brillant de l’Amstel en se trémoussant plus ou moins discrètement. Ô Mixer ! Tant d’années que pareil à un fantôme j’y traîne mes guêtres, dégingandé, en solitaire ou en joyeuse compagnie. Fût une époque où j’y allais pour écrire, seul en haut déverser mes tombereaux d’insanités. L’endroit me semblait, me semble propice pour s’exciter le prépuce du poème.
Franchir le seuil du Mixer c’est rentrer au purgatoire. Petit, enfumé, toujours les mêmes gueules, anarchistes patentés et quadragénaires défoncés, derviches hallucinés et minets timides, cadres à l’ouest et piliers de comptoir. La musique est trop forte pour parler et l’espace trop étriqué pour danser. Il y règne une brume de plaine irlandaise, une humidité de sueur, des relents d’hormones et de Marie-Jeanne. Dans les volutes de Camel flottent des bribes de conversations incohérentes. Ici tout le monde se connaît ou presque, se fait la bise, facondes tenant leurs assises. Ici tout le monde à un mot pour tout le monde puis les clans se forment et les entremises du coin de l’œil commencent avec les nouveaux arrivants.
Plusieurs fois, après avoir tété sur un pétard, discrètement comme de bien entendu, alors que mes compagnons tenaient collège entre eux en m’oubliant dans mes nuages, je pensais aux poissons dans l’aquarium. Ils étaient bleus, rouges, fluorescent, voir, selon la qualité de l’herbe, transparents, caméléons ou encore déguisés. Mais surtout je me mettais à leur place et j’étouffais : Mes ouïes bouchées par le cérumen sonore coulant par kilo/litres des enceintes me rendait dingue. Je m’affolais des écailles. Ma gueule en forme de goulot cherchait non pas de l’air mais du silence. Poisson j’attendais le gazouillement des oiseaux, le silence des grands fonds, le grand vent discret de l’univers en mouvement, bref quelque chose de serein et de calme.
Mais rapidement une main se glissait sur mon épaule, et l’espace d’une seconde je ne regardais plus les poissons que de la même manière dont je les avais toujours regardé : plein de pitié.
Une main, le manège qui reprend et le tournis avec. La musique gonfle comme une baudruche. Un inconnu, ami d’un ami, me prend à partie dans une discussion à laquelle j’entrave que dalle. Il faut pêle-mêle donner son avis sur Sarkozy, avoir une idée sur le dernier album inconnu du dernier d-j underground de Berlin-Est, commenter un avis ou être avisé du recours en justice d’un squat d’Aubervilliers que la flicaille voulait fermer. Pire encore vous voilà à devoir disserter sur Sartre ou sur Dustan, de bareback ou de festivals de jazz, de théâtre, d’Avignon ou d’Ibiza. Suave qui peut, je m’esquisse en tendresse dans les toilettes au fond à droite sucer un joli blondinet : Merde à Oscar et shit aux escarres !
5 : Le métro.
« En raison d’un accident technique » le réseau est perturbé. On prend conscience de sa propre futilité insupportable quand on se réveille le matin avec cette antienne dans la tête. Ne pourrions-nous pas nous réveiller avec une autre musique, d’un autre acabit, par exemple : « Le magasin a fermé ses portes, rentrez sans précipitations. » « Le vélo à vau l’eau pour vous rendre à votre travail, pour bien aller exécuter vos travaux. » « Je m’aime, je m’aime, je m’aime et je vous emmerde, la RATP et ses contrôleurs aigris vous souhaitent une agréable journée. »
Imaginez-vous partir travailler un joli matin. Le soleil est fumasse. Aucun nuage pour brouiller les ondes. Une ondée légère et nocturne, pareille à une érotique pollution, a recouvert les pistils des fleurs en pamoisons. Il règne une mélopée muette, des on-dit en suspensions d’ondines en éclosions. Alors in petto dans votre sinciput un chant trouve grâce : « Si les rondeurs de la lune avait de surcroît la chaleur du soleil la terre serait une voie lactée de sperme. » « Ils vivaient à même la lave de leurs regrets dans cette rame de métro quand au centre du volcan j’éructais en bavant de paillardes injonctions : Bandez et bavez, brûlez et soyez mirobolants, trublions pratiquez la vivisection des âmes ! »
6 : Arcueil, chez soi.
Des cartons mais plus de place pour les vider. Me monte des entrailles un inventaire à l’après-verre, un inventaire de plus, et puisqu’il s’agit de commencer une liste, autant le faire en musique : « Hang on Litte Tomato – Pink Martini »
Une clochette rouge et or qui fait ding et dong. Un meuble miniature recelant une gourmette argentée, une montre Lexus, des filtres pour cigarettes à rouler, des vieux timbres et une alliance, un peu de drogues et ses accessoires. Un exemplaire du « Voyage au bout de la nuit » illustré par Gen Paul. Deux céramiques abstraites achetées à Hoi An et un diptyque d’Adam. Une pile de CD recelant quelques milliers de photos et une radio obsolète. De l’art d’aéroport, soit : Une barque aux rameurs disloqués, un masque d’ébène, un éléphant noir aux yeux d’ivoires, un cendrier de la Réunion. Des tissus recouvrant des cartons recelant des poèmes peigne-cul, des albums d’humeurs pacifiées, des relents de larmes oubliées, des tumeurs cachées, des objets sans autres intérêts que d’être les restes de ma mémoire éthérée.
Une toile : Deux apsaras cubistes sorties du jeune esprit décalé d’un jeune peintre cambodgien de 21 ans. Mais aussi une bouteille d’absinthe remplie de menthe à l’eau et une de Jameson que je vide doucement mais sûrement en réfléchissant le décor qui s’offre à mes yeux :
Soleil rouge et lune noire de ce peintre qui fut l’ami de mes parents. Louis-Ferdinand dégoulinant de sang le regard en l’air. Au-delà de la fenêtre grande ouverte des bouts de toits, des bouts de ciels, des bouts d’ennui et de gris. Des antennes télés, des oiseaux et des tuiles, des fenêtres et des puzzles incohérents de coins de verdures. Des pyramides en verres teintés, des reflets de lunes dans les moutons-cumulus. Sombres variantes d’une saison en agonie.
Sous cadre la photo et le signet d’Elvin Jones et de Ravi Coltrane. La télévision éteinte ressemble à une œuvre commerciale de Malevitch. Le frigo est rempli d’alcool et de boîtes pour le chat. Dans la machine à laver le linge sale des sans-familles tournoie la crasse, puis vient l’adoucissant et le séchage.
Lettres et cartes postales, vieux poèmes et crachats de souvenirs anthumes. Tumeurs des mots qui ressuscitent tu te suicides avec tes maux acides. Souvenir de flingue et de grenailles, devenir dingue vaille que vaille, mâcher la mort à pleine canine, adopter l’hymne de « qui veut vivre surine » , surine les enveloppes à-corporelles des amants impossibles.
08/07/2007Bribes...
1 : Le Métro
« S’il n’y avait que ça »
un temps à se pendre, un pan de tissus à tendre mais je n’ai pas le courage. Peut-être aussi que je n’ai pas l’âge de tendre des rideaux. A trente ans on n’est pas sérieux, même quand il pleut depuis un mois. Voilà, parler de la pluie et du beau temps, c’est à ça qu’on le passe, son temps, à Paris en été. Comment faire autrement. C’est dégueulasse et déprimant. Même les clowns en chialent et en perdent le goût de rire. Et qu’y a-t-il de plus triste qu’un clown triste, à part peut-être un clown joyeux. Avec son gros nez rouge d’alcoolique, et une vie en faux-semblant, en porte-à-faux. Rire ? Mais quel ennui. Moi c’est les gens triste qui me font rire, pas les gens drôles. Etre drôle quelle tristesse ! Harpo Marx me fait rire. Chaplin me fait rire. Devos me fait rire. Le Requiem de Mozart me fait rire. Dieu me fait rire. Moi-même je me fais beaucoup rire, surtout quand je pleure. Et je ris souvent. Sauf quand je prends le métro.
« Il n‘y a plus de saison »
m’a dit une vieille à qui je cédais ma place dans le RER partant d’Arcueil-Cachan vers la Ville. Cette vieille aurait pu être ma grand-mère comme ma grand-mère aurait pu être cette vieille. D’ailleurs c’est à ma grand-mère que j’ai cédé ma place, pas à cette vieille, car d’elle je ne connais rien. La vieillesse n’excuse pas tout. Peut-être que je viens de céder ma place à une vieille salope aigrie et fachotte, qui tient salon chez elle avec son mari nostalgique de Pétain, de la famille et du travail et de la patrie. Peut-être qu’au lieu de lui céder la place j’aurai du la pousser sur les rails, qu’elle crève et arrête de geindre, mais non, la bienséance, les protocoles, le civisme, alors je me suis dit que c’était ma grand-mère, cette vieille dame triste et solitaire qui me regardait arriver tous les week-end comme le messie. Et je me suis levé pour lui céder la place. Elle a du penser : Qu’il est gentil, qu’il est bien élevé, c’est pas un jeune basané de banlieue qu’aurait fait ça. Vieille pute.
« à cause d’un problème de signalisation »
je poireaute debout en regardant ma vieille assise et je pense à Saint-Jean, sans savoir pourquoi. Je pense aussi que je suis un saint, que je ne m’appelle pas Jean mais Emmanuel, et que ce nom ne me va pas comme un gant, plutôt comme un moufle affreux et difforme. Je n’ai pas la gueule de mon nom. Mais plutôt celle de mes non, de mes non à l’infini. Je suis un négationniste de mon existence balbutiante en dent de scie, ici à Paris comme un colibri à Saint-Denis.
« Merci de votre patience la circulation »
reprend son cours normal. Comme si quoi que ce soit était normal. Les ploucs sont-ils normaux ? Ce nègre à nez épatant est-il normal ? Cette vieille à qui j’ai envie de reprendre « sa » place est-elle normale ? L’amant que je viens d’envoyer chier ( au propre comme au figuré ) est-il normal ? Suis-je normal ? Cette pucelle de 15 ans qui écoute un boy’s band en tapant du pied est-elle normale ? Notre résidu de président au cul en camembert trop fait est-il normal quand tout un troupeau l’acclame ? Ce troupeau est-il normal ? Et ses composantes ? Mais qu’est-ce qu’ils ont tous et toutes avec la normalité ? Que savent-ils du réel et de l’irréel ? Sont-ils conscients que « la réalité est une illusion provoqué par le manque d’alcool » ? Pourquoi semblent-ils si normal à tous et à toutes que j’arrêtent de boire ?
« Est-ce que je pourrais passer avec vous »
me demande un charmant jeune homme. S’il n’était un charmant jeune homme je dirais non. Non, car moi, oui, Moi j’ai payé 68 euros ma carte orange, et je compte bien l’amortir en ne laissant personne en profiter, car la vie m’a rendue mesquin, petit, fielleux, morveux, gniard, bipolaire, insupportable et qu’en plus, je sais qu’il y a des contrôleurs, alors je vais les prévenir qu’il y a un fraudeur pour le mettre à l’amende, et vlan dans sa gueule, et blam dans ta face. Mais c’est un charmant jeune homme, un cul à se damner alors je dis oui, oui parce que je suis gentil, adorable, ouvert d’esprit, in, rebelle, que je hais les contrôleurs, la civilité, la loi qui est la même pour tous, inique et puérile, alors viens, passe avec moi et fuck la RATP.
2 : Le Sauna
Place Saint Opportune évidemment qu’il flotte comme vache qui pisse et non comme vache qui rit et que personne ne rigole, tous sous leurs parapluies comme dans un bunker. Je me répète en boucle « Pays de merde ! Pays de merde ! » et je me reprends et chante une nouvelle et plus juste litanie « Ville à chier !Ville à conchier ! » mais très vie je me reprends encore en pensant au lieu où je me rends « Capitale des Lumières ! Capitale cimetière ! » car ce n’est pas à Aix qu’un dimanche d’ennui je pourrais me rendre au Sun City, le plus grand, le plus beau, le plus chaud, le plus alléchant des saunas d’Europe ! Non ce n’est pas à Aix-en-Provence que je pourrais aller cul nu errer dans cet immense no man’s land interlope, Ô combien repère immense de centaines de salopes !
On y entre comme on sort d’un coma. L’esprit à l’antan et le cul à l’envie. D’abord un bain et les jets d’eau, puis une jouvence dans le jacuzzi, haut lieu profond des tripotages à tire larigot. Vient selon les pulsions, le sauna ou l’hammam, le bar ou directement les hommes, les garçons, à l’étage pour vous servir, pour nous servir et réciproquement. Comme il y a de tout, inutile de lister, du tendre paumé au bear fisté, la liste ne serait jamais exhaustive, tout ce qu’on peut dire c’est que tout part à la dérive, que tout déborde, que Léthée est une rivière de sperme où s’abreuver sans anathème est le but de la virée. C’est un labyrinthe, là un minot tord de plaisir un jeune jumeau, quant ici je lu : Lisse un bel enculé Ô chimère de toute beauté.
J’avance en cha-cha-cha au jeu de la souris, enjambant les fantasmes qui dansèrent avant moi sur le sol visqueux. C’est regard contre regard, yeux dans les yeux, bite à bite et cul à dard. Ça marche au radar, ça tringle ici quand là un baltringue pour la quatrième heure arpente les couloirs. Les lumières basses font remonter de la nuit des temps l’instinct bestial de la sexualité. Ça dégouline d’hormones, suinte de sueurs animales en même temps qu’une odeur de propre, de douche, leurre son monde. Ô bêtes immondes ! entends t’on hurler Christine en manque de pine, Boutin en manque de trou de balle : satané Peau de chagrin !
C’est chaud et humide comme les tropiques. On verrait presque de la mousse pousser sur les murs. Des fougères sortant du carrelage qui recouvre l’intérieur du hammam. Des orchidées fleurissant d’anus ouverts aux ciels. Ô pots poilus, terrains fertiles ! L’on imagine des serpents s’immisçant dans les paumes d’Adam en string de tarzan. Des lianes à glands auxquelles s’accrocher pour passer d’une chienne à l’autre. Lézards utiles et culs terreux bataillent dans la poussière. C’est la loi du plus fort, du plus musclé, du mieux foutu, du matador, du peigne-cul et du musclor. C’est la loi de la soumise, de la suceuse, de la branleuse qui attise, de la quêteuse et de l’en-queuteur, de l’a-quatre-pattes et pour les gourmands du vampire des Carpates.
3 : Une balade
On sort. Ça arrive souvent. D’un état second ou d’une nuit trop courte. D’un appartement qu’on ne connaissait pas deux heures avant ou d’une salle de cinéma où on a vu un film un peu trop beau pour nous remonter le moral. Des chiottes ou de chez soi, ce qui quand ça ne va pas est exactement la même chose. D’un repas trop arrosé ou d’une rame de métro trop encombrée. D’un ventre, d’un cul, de l’antre imbue d’une mère égoïste. On sort de Soi comme on sortirait d’un autre, avec une forme de distance dissonante au fil d’une mélodie instable. On sort comme en vacances arpenter des trottoirs que l’on connaît par cœur, et si ce n’est pas le cas on les foule sans cesse jusqu’à ce que ça le soit. On sort d’une transe ou d’un gouffre, on sort sans s’en rendre compte comme on rentre parfois en sa demeure sans rendre aucun compte à qui que ce soit. On rampe et on court à petits pas en oubliant les crampes et les hurlements de son foie, déjà trois centimètres trop bas. On balade un peu malade, un peu à l’ouest, un peu Sade un peu Peste, on promène un peu sans haine, sans perdre le nord, joyeuse bedaine et sans remords. On s’aère en errant et tout en déambulant on bulle’ tranquillement en s’imaginant aède.
D’abord, la rue Saint-Jacques, cours d’honneur et Chapelle de la Sorbonne. Puis. Musée du Moyen-âge je pense à la moyenne d’âge de mes amants. Au plus vieil arbre de Paris au plus bel ange de ma vie. Parvis de notre-Dame je pense à Dee, alias à Phnom Penh : je pense à Madame. Mais je me détourne et voilà dans le square Jean XXIII si cher à Luc-Olivier, voilà le parc papal où non je ne drague pas un chérubin répondant au nom de Pascal. Le portique fini de rebondir. Je suis déjà au pays des zazous, des papous et des bourgeois, j’ai passé le pont et je suis dans l’île Saint-Louis. A mon épicier j’achète une bière alors même que derrière moi papotent deux mémères. Je m’enfuis en marche arrière en m’enfouissant dans ma démarche jusqu’au bord de Seine où à coup d’accélérateur avancent les bolides impavides. Avant la rue Miron il y a une église que je n’ai jamais visité et dont j’ai oublié le nom, ne pouvant ainsi vous donner des détails sur les crucifixions, les Madones, pucelles et autres matrones, saints et autres apôtres, peintures ou sculptures qui en hantent les murs, qui ahanent saintes écritures et modèles abscons mais que Dieu qui n’existe pas me le pardonne.
25/06/2007Tout n'est que théâtre.
Il était trop beau à force d'être si belle et je vivais trop bas quand il était si haut. J'étais un mulâtre haridelle, lui une poupée de Soi. Les trois coups ont résonné et je ne suis pas entrer en scène : Au lieu de le tuer, je lui aurais ôté son masque et je l'aurais démaquillé. Je pris la fuite.
( Photo de Noe N'guyen ) 21/06/2007A la volée.
À la volée, comme au bon vieux temps...
( Comme un journal intime, cela faisait des années... On est un mois de janvier, au milieu de la nuit au Cambodge, dans une chambre où je me sens plus libre que jamais. )
La plus grande des liberté serait qu'aucun acte n'est aucune conséquence, l'abrogation pure et simple de la loi de causalité, n'en déplaise..
Je ne suis pas égoïste, j'ouvre, ou plutôt je désire ouvrir un chemin plein des déviations du hasard. Ce n'est pas de l'instinct animal, ce n'est pas non plus la réflexion à perpétuité de l'Homo Sapiens égocentrique, mais je refuse de répondre au Sphinx, je préfère me poser des questions et me tromper dans mes réponses, mille fois, pour pouvoir en poser tout autant, mais à qui? ...
Voué à l'imprévu ne pas tracer de lignes droites, segmenter chaque parcours, laisser place à des chemins de traverses, mettre à jour les murs de la nuit plutôt que de foncer dedans, ou alors y foncer joyeusement, pour y mettre fin, intensément.. C'est peut-être pour ça que certaines personnes m'apprécient ici – Je parle d'un pays improbable - , et parfois ailleurs, sans vraiment me connaître. L'indifférence aux rumeurs, être en porte à faux avec les soi-disantes vérités de tout à chacun, une distance qui est l'inverse du mépris, une attention qui paraît feinte en apparence mais en fait je ne fais qu'ausculter, sur la table de dissection des coeurs qui battent, les âmes qui voudraient se cacher derrière les discours et les paroles. Seulement il faut être à la hauteur de sa prétention, et je n'y suis pas encore, comme beaucoup...
Cette nuit chez Snow, la clarinette-basse d'Eric Dolphy face aux quais, saveur d'une jouissance inaliénable, grand instant de solitude intime « au milieu » de quelques ami(e)s ; vouloir tout partager est une quête voué à l'échec, même, et surtout la littérature, et encore moins la poésie ne peuvent y parvenir. La solitude et l'écriture qui en découlent ne sont pas une philosophie, c'est un état de Soi, c'est l'intimité de l'âme, c'est le Miel suprême du Rêve.
Arriver à être seul au milieu des autres, multiple au coeur du Moi.
J'avais oublié la saveur saline et délicieuse de la tristesse qui serait un gouffre, un abysse au même titre que le fou rire incontrôlé de l'enfant qui sommeille, perpétuel, au plus profond de chacune de nos failles.
J'ai ouï dire que je serais alcoolique, mais ni la lune ni le soleil, ni l'eau ni la terre, ni les arbres ni les oiseaux, ni les jungles ni les sources, ni la musique ni les volcans, ni ceci ni cela qui appartiennent à la suprématie de la vie ne me l'ont confirmé, alors je laisserais parler, attendant le chant funèbre ou la prose joyeuse des éléments me confirmer que c'est l'homme, d'apparence toujours lui, si fragile et inconséquent sans en être conscient, qui à raison. Chacun ses juges, les miens quant à eux ne les regardent pas.
Je pense appartenir, ou le vouloir, ou le rêver, ce qui revient au même, ce qui est la même chose, j'insiste, à une espèce en voie de disparition, les Nomades. Je fais parti de ceux qui veulent partir mais qui ne le peuvent pas, ou qui le peuvent mais pas assez quant ceux qui le pourraient ne rêvent que de s'engoncer dans leur matérielle quiétude, attendant la vie suivante qui ne viendra pas.
J'ai écris mon texte sur Bangkok, en parti recopié d'un petit tas de feuilles froissées, d'un petit carnet de toute misère, digne du papier cul du Marquis. J'ai repris mon théâtre, impérial exercice de mortification joyeuse empreint d'un surréalisme qui ne me lâche pas la grappe. Il me faut finir les proses et les poèmes sur les photos de Noé par Amour et Admiration de son travail, et plaisir d'un Monde qu'il transgresse avec finesse et « sauvagerie pensée » , sans que rien jamais ne soit « gratuit ». Il n'y a pas encore ni enfer ni paradis sur terre... Je suis pour Lui empreint d'un désir de perfection, dont il me reste si peu de temps pour l'atteindre, ou me leurrer de l'avoir atteind...
Mon récit me semble être le vampire qui inconsciemment me suce tout mon sang littéraire, pour peu qu'il en reste dans mes veines alcoolisées il me semble pomper toute mon énergie. Tant d'années pour quelques chapitres! L'absurdité de l'éreintement solitaire poussé jusqu'à la démence. Vouloir chaque phrase, chaque ligne parfaite. Repousser de quelques mois la finalité d'un chapitre pour des histoires de virgules, des flageolants problèmes de rythmique ou de tonalité, pour des flagellant coups de fouets sur le dos du manque de confiance. Vouloir que ce texte soit celui qui resterait, qui écraserait tous les autres – je parle évidemment des miens – une poésie en prose à l'état de grâce. Être persuadé en parallèles qu'il ne sera jamais fini, que je n'y arriverai pas, qu'il sera perpétuellement en instance.
Vouloir aussi un « Carnet de Voyage » ; humble hommage au Royaume du Sourire dont Isa serait une muse et un autre, récit encore, si noir que la mort elle-même n'en voudrait pas, que je laisserais pourrir dans ses entrailles, les miennes par peur de Soi et de la réaction des Autres, affolées fanfreluches me voyant déjà en train de graver mon épitaphe. Se savoir brouillon, désorganisé me savoir sans le courage de travailler vraiment, d'ordonner des centaines, peut-être des milliers de pages impossibles à coaguler dans les veines de quelques recueils, quand la matière est là. Mais persévérer, Sysiphe de pacotille de haut en bas via le Golgotha et le chemin de ce qui « Peut être! » jamais n'aboutira. Ou combien de temps, et qui me le laissera? En cette époque, plus qu'en toute autre, tout doit être « maintenant ou jamais », et « la patience a ses limites » : Je me réfugie derrière le rire tonitruant de Léon Bloy : Que n'étudions pas aux chers bambins de la liberté et sous d'autres dictatures « l'exégèse des Lieux Communs » ?!
Des chiens hurlent, en écho des chats geignent, la rue commence à s'animer, une lumière aveuglante me brûle les cheveux : Le petit matin annonce toute sa splendeur.
Ici, l'alphabet des sentiments c'est des rires déclinés à l'infini, qui explosent ou s'explosent, se cachent ou cachent, qui montre ou qui subtilisent à la Vue, qui mentent ou donnent sens à certaines vérités, qui nous éblouissent ou nous échappent complètement :
A comme Amphigouri
B comme Béatitude
C comme « c'est comme ça »
D comme système D
E comme Ennui
F comme Folie
G comme Génocide
H comme « Hello! »
I comme Infantile
J comme « Jouir »
K comme Karaoké
L comme se Languir
M comme Moto-Bike
N comme see you Never
O comme Odyssée
P comme Parlementer
Q comme les Quêtes
R comme Rire
S comme Survivre
T comme « Toquet! »
S comme Sok sabaï?
U comme Unicef and co.
V comme Visa
W comme Winap
X comme leXus
Y comme Hyène coréenne et
Z comme Zen, Zou, Zazou, Zoup, Zut, etc. ...
Un alphabet non-représentatif, 26 autres à minima sont possibles encore, soit 676, et ce ne serait qu'une parcelle Dada d'un fada dans un pays de fous...
***
Voilà le début, post Alban, d'une chanson à continuer :
J'ai rencontré un drôle de garçon.
Il avait le visage d'un Masque
Le corps d'une poupée, Ô con!
Me suis damné et j' ai viré casaque.
J'ai monté mes grands chevaux
Franchi les steppes et les rizières,
Puis les fleuves, des torrents d'alcools
Des affluents pas très clairs.
Je voyais double, une terre et trois lunes
Je voyais triple, implorait Jupiter,
Je buvais la coulpe, je n'étais qu'écume
Ô mazette non, j'étais pas pépère...
( ... )
Fin...  |
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