27/03/2007La Lettre... - Grégoire sors s'il te plaît sors de la salle de bain. Ça fait trois heures que je suis là à attendre. Sors maintenant tu ne peux pas rester toute la journée ici. Cette lettre ce n'était rien, j'avais bu tu me connais quand je bois je suis insupportable mais je vais encore arrêter. Je vais aller voir le médecin mais sors de cette salle de bain s'il te plaît. Ça fait une heure que je te parle au moins réponds-moi. Je t'entends pleurer, j'entends tes larmes qui s'explosent sur le carrelage et les miennes en écho... Tu dois être assis par terre elles ne tombent pas de haut mais je les entends... Tu dois être assis par terre... Regarde tu vois je me suis assis aussi. Non tu ne me vois pas mais je te le dis. Je suis là en tailleur. Je suis assis aussi. Tu ne veux pas parler ? Ouvres, prends des cigarettes au moins je sais que tu en as envie, ouvre on fumera ensemble mais peut-être que tu en as je ne sais pas, je ne sens pas la fumée, je ne sens rien ; ou si tu préfères ouvre et baisons, tu sais on baise toujours quand on s'engueule et cette lettre c'était rien du tout. J'ai voulu faire de la littérature mais je suis mauvais quand je fais de la littérature, tu le sais c'est toi qui me dis toujours ça : écris, arrête de faire de la littérature, juste écris c'est tout le temps ce que tu me dis. Tu vois je t'écoute et tu as raison, là j'ai voulu faire de la littérature et on n'exagère toujours quand on veut faire de la littérature. On veut blesser, faire rire et pleurer alors on exagère mais attends, écoute tu entends je viens de la déchirer cette lettre, je viens de la déchirer elle n'existe plus, ce n'est plus qu'une épitaphe écoute je vais la mettre dans la poubelle et écrire l'épitaphe avec le stylo que tu m'as offert la semaine dernière, je vais écrire une épitaphe sur un papier voilà c'est fait, je l'ai scotché sur la poubelle : « épistolairement votre » , c'est absurde hein mais c'est fait, elle n'existe plus cette lettre... Attends, attends un peu je reviens...
Un moment de silence...
Voilà je viens de tout effacer de l'ordinateur, écoute je fais des confettis avec cette lettre et pourtant elle était belle cette lettre non ? Elle était belle mais elle n'était pas pour toi, tu n'aurai jamais du la lire et je n'aurai jamais du l'écrire, tu sais, je sais que tu le sais que l'écriture c'est une maladie, on veut vivre et on écrit et même si on vit pas comme on écrit on pense qu'on est vivant, et puis il y a des gens qui te disent que tu es doué, tu entraperçois qu'on va te publier alors tu écris encore plus et puis ça dépasse la vie. Je sais je t'ai trompé mais je ne l'aime pas Lui mais tu es toujours si impeccable, si irréprochable, pas d'erreurs jamais oh non jamais d'erreur et moi tout le temps je foire, je bois et j'écris des horreurs, j'écris des poèmes comme ils disent et aussi un roman comme ils disent encore et ça déforme, j'oublie, toi et les autres, tout le monde, personnages et réalités mais cette lettre elle était pas pour toi, j'aurai du l'écrire pour un recueil de lettres mais pas pour toi, j'aurai du je ne sais pas, poèmes à Lou ou location de coeur en solde pour littérature sombre et méchante je te jure je ne pensais pas à toi mais à moi, à un ensemble, à une oeuvre qu'ils disent alors viens, viens je vais te parler dans les yeux et tu verras les yeux c'est pas de la littérature, c'est du poème brut : ça ment pas les yeux, redonnes-moi les tiens que je te dise que je t'aime et que tu vois que c'est vrai, que je te dise que l'autre je ne l'aime pas et que tu vois que c'est vrai, que je te dise des conneries qui n'en sont pas mais qui paraissent en être, des conneries grosses comme des montagnes tellement grosses tu verras, tu me croiras tellement grosse tu verras cette montagne elle est en pierres de Vérité parce qu'elle a des yeux et que les yeux ça ne sait pas mentir, que ce n'est pas comme les mots et les rimes, les rythmes et les démos de syntaxes, les subtilités rhétoriques et les retournements de situations grammaticales, sors de cette salle de bain et tu verras des yeux qui ne sortent pas d'un livre et qui ne veulent pas y rentrer, qui veulent juste rentrer dans tes yeux à toi, qui veulent juste une entrée de secours, juste revenir, on les connaît nos regards, on sait ce qu'ils veulent dire, ce qu'ils disent, simplement, ouvre c'est mes yeux qui le demandent aux tiens, regardes et tu comprendras que les Autres ne veulent rien dire car je ne les regarde pas je les vois, je les vois seulement, des fois je les observe mais je ne les regarde pas, je ne regarde que toi les autres je les vois c'est tout.. Attends un peu attends non ne sors pas...
Un moment de silence...
Tu entends les glaçons qui se cognent dans le verre à whiskey que tu m'avais offert pour une date-anniversaire qui n'était pas la mienne, tu te souviens on fêtait nos anniversaires comme ça un jour quand ça nous chantait on débarquait avec un cadeau en disant : « Bon Anniversaire mon coeur » et on tirait un âge au hasard ; tu te souviens on a eu tous les âges du monde et là, là c'est le verre de mes quarante quatre ans et c'est un whiskey douze ans d'âge dedans, le Jameson ton préféré tu entends - un bruit de liquide qui coule dans la gorge comme la cisaille d'un diamant volé - je vais finir la bouteille là maintenant et après plus jamais j'en achèterai, c'est toi qui m'en achètera quand tu voudras et tu me serviras un verre par ci un verre par là et moi je n'aurai pas le droit de toucher à la bouteille. On la mettra bien en vue mais je n'aurai pas le droit d'y toucher, c'est toi qui décideras quand je peux et quand je peux pas et plus moi qui choisirai quand je veux et quand je veux pas alors sors, viens la finir avec moi s'il te plaît, avec elle on enterrera le passé et on consacrera le présent pour préparer le futur, on oubliera cette lettre absurde que je n'ai pas écrite pour toi, que je t'ai écrite pour moi, pour un recueil de lettres littéraires comme ils disent, sors tu vois je suis assis non tu ne vois pas mais je suis assis, sur un petit tas de confettis et ces confettis c'est cette missive écrite comme un missile et tu crois que tu étais la cible mais la cible c'était la Beauté d'une lettre, pas toi mon coeur reviens-moi sors s'il te plaît, sors de cette salle de bain elle a déjà vu trop de sang couler, trop de larmes versées elle est faîte pour autre chose mon coeur, une salle de bain c'est matériel alors sors, nous on est immatériel, on s'aime et c'est irréel et la réalité on l'emmerde c'est des contingences, c'est l'enfer les autres, tu te souviens je te racontais que ma maman me disait ça, que c'est mon éducation la liberté, la littérature comme ils disent, le poème et les lettres, les romans, d'être indépendant du monde quitte à en crever, d'être un maudit ce rôle si facile et si difficile, d'avancer c'est ça tu le sais le dernier message de ma mauvaise éducation, d'avancer contre les titans, d'ouvrir au rasoir les talons d'Achille pour que la lumière saigne et inonde de sang l'époque en toc, c'est tout ce que je sais faire tu le savais, tu aimais ça reviens, ouvre s'il te plaît... Je t'ai trompé et toi aussi mais on s'en fout reviens, Eux c'est Ils, pronoms impersonnels quand je t'en parle écoute je t'en parle, Eux c'est Ils, des fantômes d'une heure, des ersatz de fantasmes réalisés, des Idées tout au plus qu'on rend concret par faiblesse et qu'on oublie par force pour ne rien gâcher de ce qui est essentiel, nous, l'essence, le ciel, alors qu'Ils ne sont qu'Eclipses, quelques fois par an on les compte en heure mais nous on compte en année, en décennies, on bouffait du millénaires à la petite cuillère, on avait des visions en sachant ce qu'on allait faire, partir, se suicider en occident pour ressusciter en Orient, pour revivre en Afrique, pour ne pas faire comme eux, ne pas les suivre, ne pas participer à la grande farce artificielle tu te souviens, on était d'accord, on disait que non, pas nous, on en serait pas de cet engrenage, qu'on était d'un autre âge, qu'on ne serait pas les rouages, que j'étais l'excès toi la raison et qu'à nous deux on allait bouffer la vie par les deux bouts, ailleurs, autrement, sors, ne me laisse pas rêver tout seul, ne me laisse pas tout seul dans ce cauchemar de réalité, pas pour un beau gosse, un jeune con, une gueule un corps, pas pour si peu, pas à cause d'eux qui ne sont rien. Non... Pas à cause d'eux, sors... Non, attends... Attends non ne sors pas, ne sors pas si tu veux que je me taise dis-le moi, juste dis-le moi et dis-moi que tu vas sortir alors je me tairais et j'attendrais, mais si tu dis rien c'est que ma voix te fait du bien peut-être, je ne sais pas tu ne dis rien je ne peux qu'interpréter, ne me laisse pas, dis-moi de me taire, dis-moi de parler, dis moi quelque chose, sors...
Passe une minute de silence...
Tu ne dis rien mais c'est pas grave je parle pour toi et pour moi, je parle pour nous, ta jeunesse et la mienne qui viennent de si loin, qu'on avait rassemblé tu crois qu'elle se désagrège cette jeunesse qu'on avait conservé, tu crois qu'elle s'effrite parce que j'ai couché avec un plus jeune que toi mais sors s'il te plaît, sors et je l'appelle devant toi, lui dire que c'est fini, que c'était un entracte comme au Théâtre que la pièce est fini, qu'il faut qu'on le salue et qu'il parte sur une autre pièce faire une autre tournée, que le théâtre il est de cruauté quand on est un second rôle, un intermittent du cul et que nous non, on est les rôles principaux, le décor et la mise en scène, la production, le menuisier qui a raboté les planches et le peintre qui a trempé ses pinceaux, que je ne veux plus le voir, qu'il est viré, sans indemnités si tu veux je lui dis qu'on ne se reverra jamais, qu'il était mauvais au pieux et qu'il était plus vieux que le monde malgré ses dix-huit ans et que tes vingt ans en valent cinquante comme lui, que mes trente ans sont d'éternelle Enfance, qu'il est un gamin parmi d'autres qu'il faut qu'il apprennent la souffrance pour savoir Rire, que c'est pour son bien. Si tu veux je serais méchant, tu sais que je peux l'être mais si tu veux de la pitié je lui donnerai, tu sais que je peux être gentil mais si tu veux de l'indifférence sors et on l'appelle et je lui dirais que c'est fini, tout simplement... que tout est fini. Fini. Que tout se termine... Qu'il faut en finir. Finir... silence... Grégoire sors s'il te plaît. Je n'y arrive plus. La bouteille est fini elle aussi ou presque. Il faut que je sorte. L'arabe est encore ouvert je vais sortir. Juste une dernière. C'est de ta faute. Tu ne veux pas sortir. Pas parler. Parle s'il te plaît, parles-moi ! Il n'y a plus rien à boire. Tu m'as laissé boire seul. Tu m'as laissé seul. Je ne t'ai pas trompé. Jamais. Pas plus lui que les autres : C'était des cadavres comme les bouteilles vides que tu descendais tous les matins. Des cadavres tu m'entends. Mais toi tu es en vie, ma vie, moi aussi, tout ce qu'il en reste, d'eux il ne restera rien, sors, viens on va faire l'amour, je veux boire ton sperme, sentir ta peau, que tu rentres en moi me rappeler à la Vie, qu'on se regarde sans faillir, sans chiens de faïences qui aboient qu'on se regarde et qu'on fasse l'amour pour les enterrer à jamais, que je te fasse sermon de fidélité, que je me baptise si tu veux je deviens chrétien, idolâtre même je ne regarderai ni ne désirerai plus personne, prisonnier de toi à jamais préférant à l'imbécile facilité du désir le sacerdoce d'un Amour sans faille je deviendrai infaillible comme tu sais l'être, irréprochable et plus encore mais sors de cette salle de bain, il le faudrait alors sors, je deviendrais une statue de marbre taillée dans la caillasse de tes diktats !
Une minute de silence...
Une statue de marbre, sors et je les maudits tous mais tu me jugerais une Ordure ! Tu me dirais que je ne les ai que baisé, qu'ils m'ont seulement baisé, que je suis un monstre ce n'est pas vrai je les ai tous aimé, mais comment t'expliquer l'Amour d'une nuit et l'Amour d'une vie ? Sors s'il te plaît tu verras dans mes regards que je n'aime que Toi, qu'ils ne sont que des éclipses, les ellipses d'une philosophie qui ne veut pas dire son nom, les causes d'un libertinage sans conséquences, l'inconséquence du désir physique qui depuis toujours affaibli les faibles et renforcent les forts mais je ne suis ni fort ni faible, mais sors et pour toi je serai faible : je ne céderai plus jamais : je redeviendrai ta faiblesse et j'en ferai ma force...
Silence...
Sors s'il te plaît... Tu ne veux pas? Sors... Sors je t'en supplie... Non ? Attends alors... Je vais t'écrire une lettre, lis-là... Je vais t'écrire une lettre, la glisser sous la porte, lis-là s'il te plaît, ne sors pas, attends, je vais écrire, t'écrire une lettre, lis-là pour moi, ne m'écoute plus ça ne sert à rien, juste attends un peu, ne meurt pas, je vais t'écrire un mot...
25/03/2007Il y a des jours où .. ( Ma vie a commencé dans des clubs de jazz enfumés et des cercles, de poètes qui portaient des boucs et des hauts de formes. J'ai été conçu entre un « sonnet du trou du cul » et, j'imagine, une improvisation sans fin sur « Night in Tunisia » ...Mais de tout ça je ne m'en souviens pas. C'est ce qu'on appelle une vie anthume... )
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Il y a des jours où on ne comprends pas ce qui se passe. On en rit et on se contente d'en jouir, à la barbe de la réalité. On se retrouve, à 19 ans, seul, parfaitement seul, ivre sur les trottoirs des Champs-Elysées, à l'aube triste, après avoir passé la nuit à noyer ses morts dans tous les cocktails possibles et imaginables - À base d'Absolut principalement, à défaut de Zubrowska – Mais à la fin un ange vous met le grappin dessus - Seulement vous ne savez pas encore que ça sera le garçon que vous aimerez toute votre vie, bien qu'un jour vous déciderez de le quitter, quitte à le mettre à la rue, après avoir cru lui avoir tout donner, en plus de votre cul, et vous ne savez pas non plus que vous le retrouverez, et qu'il faudra, shade up, en silence l'aimer.
Mais revenons un peu dans le temps, dans cette boîte par laquelle on est tous passé un jour mais qui pourrait aussi être n'importe quelle autre, une sorte de Reine, moderne qui aurait mal vieilli...
On rentre. Au début on est discret, puis on rigole et on danse. On se laisse happer. On se transforme en vile harpie. On embrasse, l'âge post-adolescent et la carte bleue aidant, d'ivres splendeurs et de sobres fils de bonne famille – La vue brouillée autant que les sens exacerbés – On enfile les costumes du provincial timide, du jeune sûr de Lui, du gigolo qui ne s'assume pas ou de la salope qui se revendique. On danse en transe, mal mais on s'en fout, comme s'il s'agissait de naître enfin, d'être l'obscur objet de désirs à l'infini. Nombril du monde, en fait piètre petite crotte amusée et amusante, petit prince des bas-fonds, superficiel à souhait on éternue dans les courants d'air de la connerie.
L'esprit, le corps, c'est des montagnes russes, de haut en bas, d'ici et là, le bien et le mal au rythme des vodkas et de la musique, des regards qui appellent aux vices et de ceux qui se ferment, pauvres huîtres qu'on insultent par dépit : On est alors de prétentieuses pouffiasses avec de pathétiques idoles, de lamentables « modèles » mais on aime ça, on est grisé, on change sans s'en apercevoir, oubliant quelques instants qu'en fait on vit, d'habitude autrement.
Et on rentre, et on reste et on revient sans savoir pourquoi, loin de ce qui est notre vie, quelques Ailleurs, on se laisse doucement avaler, violemment surprendre :
Corps télescopés et visions kaléidoscopiques, furia des autismes désincarnés, cocaïne, métastases sphénoïdes que les basses diluent, drogues dures et lents synopsis des scénarios épileptiques. Mains baladeuses, tentatives foireuses et pipes heureuses, en loucedé à la va-vite dans des chiottes douteuses...
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Toujours là. Je me laisse dépasser par les événements, volontairement je me laisse subjuguer ; chaque heure, chaque leurre semble un an, une année rattrapée de justesse. Ma lucidité est dans mes bourses, je suis le chorégraphe heureux d'une mise en abîme fascinante, j'organise le chaos d'un ballet qui termine de prendre vie sans moi, malgré moi, au-delà de moi.
Il y a des jours où on ne comprends pas ce qui se passe. Il est presque six heures du matin, doucement on se fait mettre dehors, la lumière est claire, c'est l'aube, le soleil reprend ses droits, on émerge grâce au froid, le silence va de soi, on récupère quelques parcelles de lucidité, on allume sa dernière clope sans s'en rendre compte.
( Puis Il arrive, vous prend par la main, vous emmène, on ne sait pas où mais on y va, et les jours passent, jusqu'à ce qu'être impassible devienne impossible. )
Les premiers tremblements
« Tremblant du tremblement douloureux du crapaud »*
La première féria des Sens
Où plus rien n'a d'importance que d'embrasser, de baiser non mais de ressentir, enfin, sans savoir pourquoi ni comment, le Premier, qui sera aussi le Dernier..
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Il y a des siècles, comme une heure, où on ne comprend pas ce qui se passe. Les jours reviennent souvent. Ils sont comme les éclipses, les météorites, les guerres, les bravades, les injures et les réconciliations, les orgasmes et les résurrections. Ils prennent des chemins de traverses et rigolent au nez des labyrinthes en bouffant du Minotaure à la petite cuillère, trouée dont on se sert pour servir l'absinthe.
Parfois, calendaire, on a l'impression de tout comprendre, et c'est tellement effrayant qu'on fait semblant, qu'on joue au jeu du, comme si de rien n'était. Et on sort, et on se cache en partant s'exposer, explosant addictif de mille drogues merveilleuses, implosant destructif de mille rimes pouilleuses.
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( Ma vie a commencé dans des clubs de jazz, enfumés, elle se terminera pareille, je l'espère. J'ai au fond d'un crâne insoluble des partitions qui n'en finiront pas de s'écrire, des garçons que je n'arrêterais jamais d'aimer, des insultes à fleur d'oeillet, des fleurs fanées de mâles catins, des regrets que je réfuterais et des remords que je laisserais s'entretenir, tout un jardin pas si secret que ça que j'entretiendrais avec la passion de l'obsédé, la minutie du scientiste, le délire du clown, le professionnalisme bohème et obscène du cas-à-part. )
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Mais pourtant, si l'on passe les tentatives de jeux de mots, les effets de styles, le désir d'un roman, la romance d'un récit, les brimades liés aux impératifs d'un texte court, si l'on s'échappe un instant des contraintes évidentes et des poncifs que l'on ne peut molester qu'avec une parcimonie presque imposée, si l'on décide de seulement se souvenir, de seulement raconter comme on conte sans compter, si on veut faire tomber des murs en écoutant un violoncelliste classique de l'Est qui s'amuserait lors d'un boeuf avec un batteur fou et nègre, on arrive à la mélodie derrière le rythme, on arrive aux anguilles sous roches et au Malin - Cette vieille Transe amusée - On arrive à toucher du doigt la liberté de s'embrasser dans n'importe quelle rue, de s'embraser dans le dos de n'importe quelle impasse, un cockring au sinciput pour mieux bander de l'idée de Vivre, sans être emmerdé.
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Mais quelles complications pour dire, que je l'aime encore, que je l'aimerai toujours, et qu'il se reconnaîtra, d'âme et de corps.
Certains hommages, aussi ridicules ou pathétiques puissent-ils paraître, sont de toute éternité, j'en suis, en ce jour, étrangement persuadé. Même dix ans après. 13/03/2007La cours aux miracles...
La cour aux miracles.
J’arrive dans Silom, quartier gay de Bangkok, trop tôt mais exprès, pour voir monter la mayonnaise mythique dont on m’a tant parlé. Une terrasse au hasard, sans aucun hasard une vodka red-bull. Feuilletant les gratuits du quartier je tombe sur des cours de sexual kung-fu, des agences de mecs à domicile, toutes sortes d’annonces délirantes. Mais surtout, commençant volontairement avant l’heure, j’engloutis les verres à la chaîne en regardant passer les chiennes comme une vache à lait les trains : Chouchous! Tchou ! Tchou !
Deux heures plus tard, dans l’état enfin tant attendu, mi illuminé, mi sur-conscient, je change de terrasse. Le Dick’s. Un trans' superbe attablé avec un Viennois de la soixantaine m’intriguent. Ils parlent allemand puis « en français dans le texte » nous échangeons quelques mots. J’apprends qu’il/elle a la double nationalité ( assez logique pour une double personnalité ! ) qu’un ami à elle/lui a une maison au Tholonet ( Un quartier d’Aix-en-Provence, ma ville natale ! ) et d’autres détails, comme celui, assez croustillant, de son travail : Au Moulin Rouge ! Puis chacun retourne à ses affaires, dans un anglais parfait il/elle commande une soupe, j’en perds mon latin et me remets à écrire dans la langue de Molière, ou presque…
En face à gauche, « The New’s Boys of BKK » et à droite « The Fresh Boy » ; sur mon trottoir « The Bunny’s Massage » at the left and “ The Future Boy” at the right. Partout alentour des échoppes aux noms évocateurs ne donnent pas envies de s’échapper. Je pense au Marais à Paris et Tarlouzland me semble de plus en plus n’être qu’une succursale des instances les plus bigotes du Vatican, avec la Boutin en Matrone et la Marine en papesse : Je serre les fesses ! Pour peu d’être sensible aux charmes – multiples ! – de la Beauté des bad boys asiatiques, gare à la trique l’air devient électrique : Danger, vous êtes ici dans un quartier à haute tension, ne rentrer qu’équipé du matériel adéquat : Conscience ignifugée, gel coupe-circuit et capotes en caoutchouc du Bengale pour ne pas prendre feu…
La nuit avance et la folie s’immisce sournoisement. La camisole est en guet-apens. Le S.C.D. ( Sexuel Delirium Tremens ) est à deux doigts – je ne dirais pas où – de m’envahir par tous les pores. La libido va crescendo. Les fantasmes semblent tous pouvoir se concrétiser. Je pense à Thomas et à son ¼ vietnamien pour éviter de péter les plombs mais honnête avec moi-même je sais qu’il ne sera pas un fusible suffisant, ne suis-je pas « au bout du monde » ? Mon trans’ et l’autrichien, intrigués par ce que je griffonne sur des bouts de papiers chiffonnés reviennent à l’attaque et m’invitent à leur table. Nous rediscutons une petite heure en sifflant quelques godets qu’ils m’offrent très gentiment, ce qui à l’avantage de me détourner provisoirement du cirque de Silom, de la piste de Sodome. Grandes embrassades et séparations ; à nouveau seul, j’ouvre grand les yeux et laisse mes pupilles se dilater…
L’incessant défilé des splendeurs est à en perdre la tête. C’est une cacophonie kaléidoscopique, un chaos plein d’ondes subliminales, plein d’ombres sublimissimes, une symphonie en rut mineur de coquins et de libertins dont on ne sait s’ils sont majeurs. Les garçons et leurs silhouettes sont nonchalants, efféminés, percés, donzelles et gazelles, tatoués, mâles ou fols, jeunes et fashions, délurés… Exquise esquisse d’une beauté androgyne sans pareille, comme un ange chassé du ciel, une chimère mi-femme mi-homme m’effleure d’une plume en rentrant dans le bar où mes neurones se barrent pour laisser la place à mes hormones… C’est incroyable comme ici certains trans’ ou travelos sont mille fois plus féminins que la plupart des femmes / filles d’occident…
Au Bunny’s un croisement de Leonardo Di Caprio (jeune..) et de Tony Leung – Bonjour le métissage ! – me harcèle de clins-d'oeil pour un « massage ». Je refuse avec un grand sourire, la mort dans l’âme, ou plutôt dans l’entrejambe, ce qui est souvent la même chose… Je dépose contre Dieu qui n’existe pas une plainte pour harcèlement et pour abus de pouvoir, n’a-t-on idée de créer pareilles créatures, pareilles tentations. Cet endroit est une pieuvre aux multiples tentacules effrayante d’attrait… Un vivier de sirènes enchanteresses et qui tente encule et je sens en moi monter le venin impérial du cul, l’élixir sorcier du Désir. Cupidon ressemble à Bélial et Vénus à un anus ouvert à la magie du monde. Je ne peux réfréner un fou rire tant mon état empire. Mon serpent entrejambe s’en mord les pommes d’Adam à pleines dents mais je suis fort, je suis plus fort qu’eux, je suis… faible. Le massage d’une heure vaut bien une petite trahison en loucedé, toute relative : Alors que le final doit être une Totale je le laisse juste me branler, m’achever à la main, je m’appelle Emmanuel, ça veut dire « la main de Dieu » mais une main vaut bien une autre main, et au Diable l’avarice, la douceur de ses paumes et de sa peau me glisse tout entier dans le satin du vice.
Dehors le manège a redoublé. Ça chante et ça hulule, des V.G.M. (Vieux Gros Moches) pullulent aux bras de catins aux regards éteints ou folasses jusqu’au bout des godasses. Des touristes arrivés là sans savoir ouvrent des yeux éberlués, s’en amusent ou prennent leurs jambes à leurs couilles. Les corps swinguent, à l’entrée des boites c’est la criée, gogo show et porno live s’arrachent les clients. Ça allume à tire-larigot, la concurrence fait rage, je tourbillonne en refus, rentre et ressors monté sur ressorts le bas-ventre prêt à exploser je me refuse à céder encore. La chaleur pèse sur les nerfs, sur les miens je suis au milieu de mes pairs, j’enfile les perles de beautés au fil barbelé de ma démence, la transe me gagne, dans un café plus calme m’assois et stagne.
J’y resterai jusqu’à la fermeture, me laissant entraîner ensuite dans des afters étranges car ici à deux heures du matin tout ce qui est officiel ferme pour laisser la place aux soirées officieuses. « Protégés » par des vieux de la vieille je ne m’en sors pas trop mal, me laissant traîner de caves en appartement qui sont des sortes de clubs privés, jusqu’au final : Le lever du soleil sur Bangkok, en mangeant une soupe et en buvant une bière avec une cinquantaine de lady boys, putes, masseurs, danseuses, etc. ! A travers le prisme de la fatigue et des décalages, c’est un de ces moments uniques, presque indescriptibles, que l’on vit en voyage…
Le lendemain midi, « petit-déjeuner » après avoir piqué une tête dans mon hôtel. Etrangement aucun trou noir, la mémoire est intacte, les souvenirs précis, les sensations exactes, les impressions claires comme de l’eau de vie. Un calva et tout va, calme et images comme un précipité chimique…
Je repense à ce texte de Stig Dagerman : « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » … Je pense qu’il est temps de partir, que j’ai bien fait de ne rester que deux jours dans cette ville qui me paraît une Ogresse au ventre insatiable ; que tout y est trop facile, qu’y rester serait un suicide, que la lassitude arriverait à grand galop, que très vite viendrait à manquer la tendresse, le partage d’un langage, d’une langue qui m’est si chère, que très vite viendrait à manquer, avec un garçon aimé, la complicité, cette étoile du Nord des sentiments…
Demain départ pour le Cambodge en avion : Je rentre « à la maison ! »
Fin... 07/03/2007Partir pour mieux revenir
« Les cheveux plein de bières » comme dirait Adrien. Cinq heures, ce n’est pas encore le petit matin, juste la fin d’une nuit où tout encore s’est entrechoqué, où tout encore est parti en biberine. Sous les étoiles, juste là, je me promène illuminé sur les quais avec Dee, main dans la main les yeux rouges en prenant mon pied pendant que deux ou trois cents khmers le madison dansent devant le Palais Royal. Quelques heures avant c’était nous qui gigotions au Heart of Darkness, au coeur de la nuit c’était nous qui pareils à des bêtes de sommes dansions en embrassant nos hommes, en roulant des yeux aux « tepus » bourrés, à miss scorpion ou à Dara, aux démonoman's se trémousant sous les néons..
Assis face à ce spectacle irréel, comme si j’allais crever dans la minute, la chronologie de ces dernières semaines défilent inside mon ciboulot, comme dans un clip, un condensé d’images se succèdent à toute berzingue.
Mon frère à l’Equinox fait son numéro de national Bébé avec des clients qui sont aussi des amis. Ny, merveilleuse et tarée les accueille d’un tonitruant « Ta gueule alcoolique » avant de leur demander ce qu’ils veulent boire en leur jetant un clin d’œil. Sou Mey sur son 31 déambule dans la place en souriant à tout le monde avec un mot pour chacun puis descend s’occuper du BBQ. Je passe et repasse derrière le bar, jetant un regard sur les photos de nos parent, sur la photo de mon amant, de mon amour et moi, « Moi qui presque aussi fier que moi » me semble être à la maison, mais pourquoi me semble t’il seulement ? J’y suis !
Adrien arrive avec Elise et sans ellipses commandent deux vodkas red-bull et s’installent, le bilboquet déjà en main, alors qu’Isa danse à l’africaine au milieu de la scène, la soirée commence bien ! Et s’apprête à clore une journée passée à l’île de la soie, Koh Dach, mon refuge, là où mon sur-moi se fait la malle pour laisser vivre mon simple Soi ; Koh Dach, mon petit coin de paradis sur terre, l’endroit où je viendrais mourir, où « Gémir n’est pas de mise », où l’idée de Vivre retrouve Sens.
Après le Japanese bridge aller jusqu’au pont numéro 9 et tourner à droite au niveau du Vat pour prendre le bac et... Respirer un bon coup ! Le Mékong ouvre grand ses bras et nous offre cette langue de terre, qu’il faut embrasser sans discontinuer. La piste ocre est bordée du vert des champs et chante le silence et la sérénité : Suivre les hévéas et les palmiers puis longer une bananeraie protégée par un bas muret ; tourner à gauche. Quelques coqs, chats et autres nids de poules plus loin, premier arrêt, chez les parents de Sopheak, les miens aussi maintenant en quelque sorte, je les adopté sans qu’ils le sachent, ils m’ont hébergé, m’ont laissé dormir chez eux, sur le plancher des vaches qui me regardent bizarrement et réciproquement. Ensuite se laisser guider par les « Hello ! » des bouts de chou jusqu’aux paillotes et à la plage, sans avoir oublier de saluer Gnia en passant devant sa maison, immense et sur pilotis « ça va de soit »…
Rires, jeux et bouées, pédalos, bières et poulets, soleil, farniente et lecture, chats et poissons, bambins tchkourt ; se laisser éclabousser par la lumière et l’humeur bon enfant, le bonheur simple d’être au cœur de l’essentiel, entre ciel et terre se laisser renaître, vivre l’instant sans passé ni futur, profiter de chaque secondes en barbotant dans les ondes, en visant à 380° le point G de l’existence : Happy gadjo le cul dans l’eau !
Puis partir parce qu’il le faut, vers 18 heures, quand le Mékong est rose, quand ils lavent les vaches et les chevaux, en kroma leurs peaux d’ébènes brillant dans le soleil qui en quelques minutes s’échappent déjà vers d’autres latitudes, n’est plus qu’un immense cercle de feu rempli de lave ; la nostalgie chauffe et vous prend à la gorge, il devient impossible de réfléchir, juste se sentir con de devoir, de devoir plus que de vouloir, vivre ailleurs plutôt qu’ici…
Phnom Penh !
Pour ne pas sombrer, déprimer tout de suite à l’idée de partir bientôt, aller au Jardin d’Orient, voir et écouter Marie-Laure raconter son histoires, ses histoires, après avoir déguster ses mets, ses délices, ses alchimies culinaires, partager la magie de sa présence et de sa lucidité, remettre, en quelque sorte les pieds sur terre, et s’en aller en se disant que finalement, elle n’est pas si mal que ça, cette terre… Leurre d'une heure...
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Dernière ligne droite. Dans le désordre je suis à minuit les pieds dans la mer de Chine à Rabbit Island pour le nouvel an, avec comme l’année dernière mon frère en grand absent. Je suis à Sihanoukville avec Luc-Olivier et Isa, Antoine et Fred, Poni encore, espérant Vinh qui ne vient pas. Je bois la tasse dans l’eau brillante, je bois et je pousse ma gueulante au soleil qui se couche en incendiant le ciel, je bois en souriant aux ironies de la vie, en pensant aux absents et en trinquant aux vivants. « Je passe ma mort en vacances » dans un swing infernal qui danse à l’horizon, au milieu des nuages rouges et violets. Dans les bouées les gamins jouent tout habillés. On mange des salades de fruits découpées à la demande par des garçons superbes sur une plage de carte postale, sans que personne ne devine qu’en dedans je pleure déjà les paradis perdus et les bambins orphelins. Demain le métro, demain Paris, demain la toute petite vie qui reprend le dessus, avec son lot d’enfermements, de concessions au ridicule, d’emballements pour rien, mais toujours chanter ! Chanter à thomas, aux amis, au prochain voyage, chanter !
Vélo ! Rires ! Rives des fleuves, lisières des rizières ! Rivières et motos ! Fleurs, palmiers, dingues et paumés ! Autre-parler, autre se-taire ! A l’équinoxe des sentences, faire écho dans le ciel étoilé de nos paroles éclairées, faire écho du Cambodge avant de s’en retourner en terre étrangère, en France danser une autre danse. Mais ne jamais oublier, faire plus que se souvenir ! Chanter le pire, s’imprégner du meilleur « encore une dernière fois », sans être manichéen, dans sa condition d’occidental ne pas juger, se laisser happer, lucide parfois, le plus souvent rêvé, et y retourner…
A BB, Nicolas, Danielle, Sou Mey, Ny, Isa, Adrien, Elise, Gildas, Luc-Olivier, Dee, et tous les autres, restés là-bas, au Kampuchéa, au Royaume des Sourires…
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