Scéne de Métro ( 2 )
Scène de métro ( 2 )
Emmanuel est toujours assis sur le même banc, alors que viennent s’asseoir à ses côtés une Dame et sa Fille transportant un chat dans une cage.
Emmanuel : Mademoiselle, Madame, Miaou, bonjour.
Mademoiselle : Bonjour.
Madame : Bonjour jeune homme.
Miaou : Salut bonhomme.
Moi : Je ne sais si je suis vraiment un bon homme, mais en tous cas tu es bien joli toi.
Miaou : Je te retourne le compliment, mais tu sens le chien à plein nez.
Moi : Normal, je suis un chien !
Madame (au chat) : Ne parle pas aux inconnus, et encore moins aux inconnus canins !
Mademoiselle (au chat) : Oui, écoute-nous un peu !
Miaou : Bande de vieilles mégères ! Déjà je ne supporte ni cage ni métro, et en plus vous ne voulez pas me laisser discuter un peu avec un congénère ?!
Madame : Cette race de cons ne génère que bruit, bave et déjections !
Emmanuel : Mais je vous en prie, insultez-moi à votre guise, reproductrice inconsciente, matrice insolente, sac à gniards !
Miaou : Bien lancé, bien tancé ! Sors-moi de là et allons danser !
Emmanuel (se levant) : Oui tu as raison, il faut savoir déraison garder !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Ne le touchez pas où j’appelle la police !
Emmanuel : La police animale alors ! Et moi la SPA et je vous intente un procès pour mauvais traitements ! Les dimensions de ce panier ne sont pas aux normes ! Ah Ah ! Vous voilà bouche bée Ô moutonnes, Ô friponnes !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : L’insolent !
Miaou : Mon prince charmant, mon prince charmeur !
Emmanuel (s’approchant de la cage) : Ô bouffonnes, Ô matrones ! Sois patient mon Miaou, je vais te sortir des griffes de ces serpentes, de ces vipères ! De toute façon la vioque est bonne pour le cimetière et la gamine pour la prison ! Je la vois déjà : Mariage, crédits, gamins, club Med, morte sans le savoir ! Nous nous grimperons aux arbres, nous volerons de nos propres zèles, nous irons dans les palaces en faisant des grimaces aux vieux singes de l’entrée ! Champagne à la campagne, bons vins au petit matin !
Miaou : Mon cœur chaloupe, mon âme ronronne, nous serons loin de ces deux loutres, comme chien et chat le monde tout entier nous aura à la bonne !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Police ! Police !
Emmanuel : Ta litière sera le lit des rivières d’Auvergne ! Poissons frais, thon de bon ton et tant de bon temps nous attendent !
Miaou : Plus de Pal et de boîtes, nous vivrons nus de chair fraîche et de l’eau limpide d’une vie sans entrave !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Police ! Police !
Emmanuel : Nous déroulerons la bobine du fil de la vie comme on déroule le tapis rouge à l’entrée des palais où je t’emmènerais ! Nous écouterons Charlie Mingus et si Râ sourit nous rendrons hommages à Cléopâtre et à Léo Ferré en voyageant de Stalingrad à l’Egypte Antique !
Miaou : Je grimperais au sommet des arbres te cueillir la lune pour que tu puisse lui aboyer ton amour, « je creuserais la terre » dans des charniers d’Afrique ou d’Europe de l’Est pour te trouver des os goûteux et solides !
Madame et Mademoiselle (en conciliabule puis en cœur) : Ils sont fous, mais que faire ils se mangent dans les pattes, se mordent la queue, il faut les empêcher ! Police ! Police !
Emmanuel (à Madame et Mademoiselle) : Vous ne pouvez rien faire contre la liberté !
Miaou (à Madame et Mademoiselle) : Vous êtes retorses et imbues, bombez le torse et tendez vos cul, je suis le chat botté !
Emmanuel (à Madame et Mademoiselle) : Abdiquez où je vous mords vos chevilles, enflées comme elles sont de votre conditions, quel festin ça sera !
Miaou ( à Madame et Mademoiselle) : Vous êtes faites comme des rats !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Police ! Police !
Emmanuel : Que leurs muses doivent être laides ! Et si nous les muselions ?!
Miaou : Et si nous nos amusions ?!
Emmanuel : Elles tremblent !
Miaou : Elles sont terrifiées !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Sauvez-nous ! Sauvez-nous !
Emmanuel : Miaule et elles deviennent folles !
Miaou : Aboies et les voilà aux aboies !
Emmanuel : Ô mon amour, nous filerons doux de gouttières de bon goût en niches suaves, de panières dorées en plaines embrumées par la petite rosée des petits matins ! Félins, Canins, Catins ! Sus aux Félons, aux canons et aux cons nous vivrons en paix dans les prés et nous nous courserons en rase campagne sans nous raser, sans nous brosser, hirsute loin de la ville et de ces viles putes !
Madame et Mademoiselle : Mais ils nous insultent, nous vilipendent, nous méprisent, nous traînent dans la boue ! Police ! Police !
Miaou : Plus de chaînes je te dénicherais de jolies chiennes !
Emmanuel : Plus de laisse je te trouverais des matous qui ne seront pas des matons !
Emmanuel et Miaou (en cœur) : Plus de prisons !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Ah le marlou ! Ah le Canigou !
Emmanuel : Nous irons au gré du hasard de grands hôtels en lupanars, nous croquerons la vie à la barbe des croquants, nous volerons aux étalages, nous serons sans apesanteur et volages !
Miaou : Point de morales, foin de leurs principes, nous serons bêtes et nous sèmerons des poux et des puces dans les cheveux trop bien coiffés qui recouvrent leurs sinciputs d’homo sapiens prétentieux !
Emmanuel : Ô les maquereaux ! Ô les maquerelles ! Loin d’eux je t’emmènerais à dos de mulets chasser le mulot !
Miaou : Je te trouverais d’imbéciles séants pour t’aiguiser les crocs, affiner tes canines et lisser tes griffes, derrière nous l’herbe ne repoussera que pour mieux nous laisser nous rouler dedans !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : Mais que fait la police, que fait Sarkozy, où sont les CRS, les militaires, les brigades spéciales, le GIGN, où sont les pervenches, les contrôleurs, les commissaires et les troufions, où sont les bleus, les espions, la CIA et le FBI, on nous vole notre chat, on nous dépouille, mais où sont les pompiers et les hommes qui ont des couilles ?! Police ! Police !
Emmanuel : Regarde-les, elles fondent de trouille !
Miaou : Observe-les, elles se décomposent !
Emmanuel : Elles font sous-elles, dégoulinent des aisselles !
Miaou : Il y a comme une odeur !
Madame et Mademoiselle (en cœur) : On se meurt ! On se meurt !
Emmanuel : Nous allons revivre dans les champs loin des épouvantails contemporains, nous contentant de la musique des orages, du silence de la lumière, de l’air frais et du souffle de Morphée quand nous dormirons à la belle étoile ! Plus de métro !
Miaou : Nous allons revivre dans des forêts pleines de mystère loin des villes calcinées par la misère, nous contentant du rythme effréné des sphères éthérés des steppes de nos imaginaires, embrassant et embrasant Bacchus et Mingus lors de danses effrénés et complices ! Plus de métro !
Madame et Mademoiselle (toutes deux couillonnes sur un banc du métro, à leur côté une cage vide et une muselière) : Quelle époque, tout se perd !
21/07/07 - 19:44
de telles photos ne peuvent pas rester sans commentaires, surtout celle du chat.
ernest